Dire non à la quête du bonheur

Parce que parler de ses souffrances est souvent perçu comme l’ultime tabou, plusieurs personnes se noient dans l’illusion d’un bonheur «faux-semblant ». Comment mettre de côté cette quête obsessive du bonheur et accepter que la recherche du bonheur passe plutôt par l’abandon de la recherche…

La plupart d’entre nous sommes à la recherche du bonheur. Souvent, cette quête n’aura malheureusement jamais de finalité, puisque nous ne comprenons pas réellement ce que nous cherchons. C’est un problème insolvable car la recherche s’exerce à l’extérieur de nous, comme si nous devions nous abreuver d’une belle grande fontaine de bonheur. Nous cherchons souvent à nourrir notre ego, car notre définition du bonheur est dépendante de notre statut social, notre travail, notre rôle dans la vie ou à des plaisirs éphémères tels que des voyages, des voitures, une maison, des vêtements. Nous pensons avoir atteint cette visée à travers des relations personnelles, un nouvel amoureux, un enfant ou une nouvelle relation d’amitié. Or, il n’est pas faux de dire qu’ils peuvent y contribuer. C’est plutôt la quête uniquement dédiée à ceux-ci, en délaissant notre propre source intérieure qui rend cette recherche illusoire et vide de sens. En fait, le bonheur c’est nous, uniquement nous.
Ce qui ajoute au fardeau de la mission d’être heureux, c’est le poids de notre société qui proclame haut et fort que de ne pas être heureux, c’est de ne pas être normal. Nombreux sont les gourous du bonheur qui nous le vende comme une recette «facile à faire» avec mode d’emploi.

Puisque cette quête du bonheur est inassouvissable, nous nous retrouvons par le fait même dans un état de manque, dans un état de souffrance perpétuel. Nous souffrons entre autres parce que nous désirons des choses qui changent constamment parce que nous-mêmes changeons simultanément, ou parce que nous ne nous connaissons pas réellement, donc ce que nous voulons profondément. Nous cherchons à combler ce vide à l’intérieur de nous. Mais en abandonnant ce désir, cette quête, nous arrêtons étrangement de souffrir.

Dans la plupart des cas, nos malheurs se définissent par la perte de ce que l’on pense être le bonheur. Et puisque nous vivons dans la polarité, le bien ou le mal, le beau ou le laid, alors il va de soi que le fait de ne pas ressentir le bonheur soit associé par défaut au malheur. Pour être heureux, un peu comme un mécanisme de défense, nous repoussons ce qui nous rend malheureux. Nous sommes parfois même tenté de nier nos souffrances, de ne pas les ressentir et les comprendre pleinement, nous y arrêter, car nous avons l’impression de dévier de notre grande quête du bonheur et d’être « malheureux ». Or, c’est plutôt dans la compréhension de nos souffrances, dans leur plein ressenti, puis ensuite dans leur acceptation qu’il est possible d’en faire le deuil et ainsi poursuivre son chemin de vie, un chemin enrichi de ces connaissances sur soi. Certains iront même à éviter de parler de leurs souffrances, comme si c’était tabou. Alors penser que le bonheur n’existe pas dans la souffrance, sans malheur n’est évidemment qu’une illusion. Au moment où nous réalisons que l’on ne peut rien contrôler, que la vie arrive à nous, et que notre seul pouvoir réside dans nos réactions à ce qui se présente à nous, les souffrances viendront à nous, et repartiront ensuite, tels les mouvements de la de la mer, faisant place à une paix intérieure.

En tant que personne humaine, il est tout à fait normal d’être malheureux. L’important c’est de laisser passer les vagues, de ne pas s’y accrocher, de ne pas s’identifier à ces épisodes douloureux. Pourquoi ne pas d’ailleurs recevoir ces souffrances tel un cadeau qui nous enrichi, car la vie nous montre adroitement le travail que nous avons à accomplir pour être libre et détaché.

Le travail au quotidien que nous devons exercer dans notre vie n’est donc pas la recherche mais plutôt l’abandon de la recherche. Le travail consiste à arrêter de vouloir atteindre quelque chose qui est à l’extérieur de nous. C’est en laissant aller le contrôle de nos souffrances que tout à coup beaucoup plus de belles choses s’offrent à nous. Quand nous sommes en quête, nous sommes laissons à notre intellect prendre beaucoup trop de place à l’intérieur de nous, délaissant ainsi notre coté plus intuitif, connecté sur notre cœur. C’est pourtant dans cet espace que se loge notre essence véritable. Arrêtez de chercher le bonheur. Le bonheur n’est pas un endroit, une place, un objectif mais une condition d’être, libre du besoin de chercher. C’est dans cette liberté qu’émane une joie, une paix et une certaine sérénité et c’est sur ce chemin qu’il est possible d’avoir des moments heureux et des journées heureuses.