Érik Giasson : nouvelle vision de l’argent

De financier à Wall Street à propriétaire de l’école de yoga Wanderlust, à Montréal, il y a tout un monde. Pour Erik Giasson, ce changement de carrière a aussi signifié une autre manière de dépenser.

Vous êtes passé de la haute finance au yoga. Pourquoi ?

Grâce au yoga, j’ai trouvé ma base, l’essence même, le coeur de ma personne. Avant le krach de 2008, j’ai évolué pendant 21 ans dans le milieu financier. J’ai travaillé à New York notamment chez Morgan Stanley et chez Brevan Howard Asset Management, un des fonds d’investissement alternatifs les plus importants du monde. Je gagnais un salaire annuel digne du gros lot de la 6/49. Oui, j’étais riche. Mais en fait, j’étais pauvre sur le plan humain. Le yoga et un voyage en Inde m’ont permis de comprendre que mon rapport à l’argent nuisait à mon bien-être.

Quel était ce rapport à l’argent ?

Quand on gagne des millions de dollars en salaire, on n’est jamais rassasié. On en veut toujours plus. On dépense sans compter. On veut s’offrir les meilleurs hôtels, les meilleurs restos, les meilleures bouteilles de vin, les meilleures voitures. Au diable les extravagances.

Regrettez-vous une dépense en particulier ?

J’en regrette plusieurs. Mais la plus flagrante remonte à 2007. J’avais sept voitures, dont trois Porsche et une Ferrari que j’avais achetée sur eBay. Outre son prix élevé, j’ai englouti 40 000 dollars en frais mécaniques pour que la Ferrari fonctionne à merveille. Deux ans plus tard, j’ai dû la vendre… pour moins de 40 000 dollars. J’avais à peine roulé 5 000 km à son bord. Ça fait cher du kilomètre.

Alors, fini les folles dépenses ?

J’ai beaucoup moins d’argent aujourd’hui. Je fais attention, j’économise pour les bonnes choses. Je continue de voyager, mais je choisis des destinations non commerciales. Je conduis une voiture d’occasion, mais j’utilise plus souvent mon vélo. Je me suis même acheté une petite maison sur l’île de Montréal qui va avoir besoin de quelques rénovations. En fait, les seules «folies» que je me permette sans compter, c’est de payer un peu plus cher pour acheter des fruits et des légumes frais bio.

Suivez-vous encore les marchés financiers ?

Je n’ai jamais cessé. Je lis au quotidien tous les grands journaux économiques. Je suis toujours abonné au réseau américain CNBC et au blogue Zero Hedge qui traite de la finance à Wall Street. Je reçois aussi régulièrement de l’information de mes anciens collègues du milieu de la finance. Mais tout cela ne suffit pas. Parler aux gens est encore le meilleur moyen de prendre le pouls des marchés. Quelle que soit la ville où je me trouve, que je sois en taxi, au restaurant ou dans une boutique, je m’informe toujours de l’achalandage, voilà de réels indicateurs.

Et que vous disent ces indicateurs ?

L’Occident est au bord de la faillite. Les pays n’ont plus les moyens de répondre aux engagements pris par des gouvernements trop endettés pour leur pouvoir d’achat. Ce qui me fait dire qu’à la Bourse, il vaut mieux investir dans les métaux précieux, tels que l’or et l’argent. Des métaux dont le prix pourrait doubler, voire tripler d’ici cinq ans.

Et que recommandez-vous, l’achat d’actions ou de fonds d’investissement ?

Certainement des actions. Les fonds d’investissement, et surtout les fonds communs de placement, ont des frais annuels trop élevés, ce qui diminue les rendements des investisseurs.