Parfaitement imparfait

Récemment, une amie que je respecte beaucoup et qui fait partie, comme moi, de la communauté du yoga m’a posé deux questions intéressantes. La première : « Tu ne penses pas que les gens vont trouver ça un peu bizarre que tu parles du bien-être et de la réalisation de soi et écrives là-dessus alors que tu es divorcé? » La deuxième : « Pourquoi partages-tu ta vie comme ça avec le public? »

Comme je pense que son questionnement est sûrement partagé par plusieurs, j’ai décidé d’y réfléchir. Voici donc mes réflexions.

Simplement humains

Selon moi, le but du travail sur soi-même à travers la pratique spirituelle (yoga, méditation ou autre) n’est pas d’être parfait, mais plutôt de réaliser que nous sommes humains. Des humains qui changent au quotidien, avec des besoins qui évoluent. La pratique spirituelle permet d’accueillir la vie comme si c’était une danse et de la vivre en pleine conscience, avec toutes les imperfections qu’elle comporte.

De toute façon, quelle est la définition de la perfection? Être une machine? Une poupée gonflable? Ce n’est certainement pas ce que représente pour moi la perfection; il s’agit plutôt d’être une personne humaine parfaitement imparfaite, d’être en vie dans sa vie.

Et les échecs font partie de la vie humaine. Ils ne s’opposent pas à la réussite, mais en constituent une étape souvent nécessaire. La plupart des gens que j’ai rencontrés qui ont réussi en affaires ou dans leur vie ont vécu un ou plusieurs échecs. Selon moi, l’échec véritable consiste à ne pas être éveillé dans sa vie, à ne pas vivre dans la vérité, à ne pas se donner dans tous les aspects de notre vie humaine, car c’est ce sur quoi nous avons du pouvoir. Il y a plusieurs autres choses dans la vie sur lesquelles nous n’avons aucun pouvoir. Il faut les accepter, accueillir la vie comme une danse, laisser aller notre modèle de perfection, être dans l’action et avoir confiance que nos actions nous guideront dans la bonne direction.

Passer outre le regard des autres

Le besoin de reconnaissance et d’estime de soi est présent dans la plupart d’entre nous. La pyramide de Maslow l’exprime d’ailleurs très bien. Pendant plusieurs années, à cause d’un besoin de reconnaissance, je me suis perdu dans mes différents rôles, qu’il s’agisse de mon rôle de financier, d’Ironman ou de parfait yogi. Durant tout ce temps, j’ai cherché à me faire dire que j’étais bon. J’ai longtemps cherché à montrer mon meilleur côté, celui de la réussite sociale, car je pensais que si je montrais vraiment qui j’étais, personne ne m’aurait aimé. J’ai cherché cet amour, mais comme il y avait un vide en moi, aucune reconnaissance n’aurait pu combler ce manque.

Je pense que la pratique spirituelle peut atténuer ou éteindre complètement ce besoin du regard des autres. La seule reconnaissance dont j’ai besoin, c’est la mienne, parce que je suis maintenant nourri par la vie. De façon assez paradoxale, plus j’admets que j’ai vécu des échecs et que je ne suis pas parfait, plus je reçois de lettres de reconnaissance pour me remercier d’être aussi humain. Pendant longtemps, j’ai joué à être un parfait roi de la montagne sans jamais être nourri, en étant constamment dans le besoin. Maintenant que j’admets ne pas être parfait, je reçois plus de reconnaissance que je n’en ai jamais reçu.

Je ne partage pas ma vie humaine pour recevoir de l’estime, mais parce que je suis à la fois le thérapeute et la thérapie. Je partage pour me pardonner, pour vivre dans la vérité et pour être libre. Je partage pour apprendre et grandir de mes échecs et aussi pour essayer de ne pas les répéter. Je partage pour dire haut et fort que je suis parfaitement imparfait et que ça, c’est la perfection.

Namasté.