[:fr]Je suis un idiot[:]

[:fr]Dans mon livre Le courage de réussir, je partage mes parcours professionnel et personnel atypiques au cours desquels j’ai traversé plusieurs difficultés, plusieurs échecs et de nombreux succès. À travers mes épreuves, j’ai tiré plusieurs leçons qui m’ont amené à créer un processus en cinq étapes désigné par l’acronyme « ALVAC ». Cette méthode s’applique à tous, à tout moment et dans toutes les sphères de la vie humaine.

La pratique spirituelle nous permet de nous rapprocher de notre cœur et, ainsi, de trouver le courage pour arrêter d’avoir peur. Ce courage nous permet d’Accepter ce sur quoi nous n’avons aucun contrôle; de nous Libérer de nos croyances limitantes; de voir la  Vérité, qui existe uniquement ici et maintenant; d’être à la fois l’acteur et l’Action pour finalement faire Confiance. ALVAC peut s’appliquer autant dans la vie personnelle, amoureuse ou familiale que dans la vie sociale, ainsi que s’étaler à court, moyen ou long terme. Voici un exemple tiré de mon livre illustrant l’application de ces cinq leçons de vie sur le plan professionnel.

Chez Morgan Stanley, à New York, mon supérieur se nommait TJ. C’était un personnage coloré, comme on peut en voir dans les films hollywoodiens sur la vie de Wall Street dans les années 1990. Il n’était pas rare de le voir se promener sur le parquet, qui était aussi grand qu’un terrain de football, avec une casquette qui disait : « I am a fool » (Je suis un idiot). Nous pouvions le voir se promener avec ses bottes de cowboy en crocodile et son vieux bâton de golf. Il travaillait son élan de golf entre les différents arbitragistes. Chef de pupitre des obligations américaines, TJ avait la réputation d’être le meilleur de tous, en tout cas le plus courageux. Il jouait bien son rôle : un dur, intimidant, qui n’hésitait pas à se moquer de qui que ce soit devant tout le monde.

Comme tout bon arbitragiste, il savait aussi reconnaître qu’il lui arrivait de se tromper. Il avait compris que, pour exceller dans ce domaine, il devait compter sur sa force intérieure, et non sur son ego, qu’il s’amusait à étaler. Il était loin d’être un méditatif, mais il était ouvert à l’existence d’un autre niveau de réalité. Pour être dans son équipe, nous devions lire toutes sortes de livres, dont certains touchant la spiritualité.

TJ sentait souvent ma nervosité quand je prenais une grosse position. J’avais beau penser que mes prévisions étaient justes, je ne réussissais pas à agir comme un samouraï des marchés financiers. Un jour, il m’a fait venir dans son bureau pour partager une leçon en forme de métaphore avec moi. Coiffé de sa casquette, ses bottes de cowboy sur son bureau et son bâton de golf pointé en direction de mon visage, il me dit : « Après que tu as analysé les marchés (Accepter), que tu as bien fait tes choix (Liberté), que tu as bien vu les risques associés à ta position (Vérité) et que tu t’es exécuté (Action), voici ce que tu dois faire. Tu te creuses un trou (un bunker), tu répands de petits biscuits tout autour du trou et tu laisses les rats manger les biscuits. Pendant ce temps, tu bois du Perrier (comme je suis Québécois, à New York, on me prenait souvent pour un Français) et tu penses que ton Perrier, c’est du champagne. Bois ton Perrier et laisse les rats faire ce qu’ils font. Toi, tu relaxes (Confiance). Si les rats repartent sans avoir mangé tous les biscuits, bravo! Sinon — et il s’approche de moi —, tu sors de ton trou, tu en creuses un autre et tu recommences. » C’était la première leçon du Bhagavad-Gita : sois détaché des fruits de l’action. Pour un gars qui se promène avec la casquette de l’idiot, il avait aussi compris, à sa manière, comment appliquer les cinq principes contenus dans l’acronyme ALVAC dans les marchés, ce qui faisait de lui un des meilleurs arbitragistes du monde.

Dans ce domaine, voici comment on se rend à l’action. Une fois que l’analyse des marchés est faite, de même que l’étude de risque pour bien comprendre les possibilités et bien évaluer combien on est prêt à risquer sur un tel pari, on place un ordre de vente de la position X à l’endroit qui représente la perte maximale qu’on est prêt à subir s’il s’avère que le marché va contre nous.

Les marchés ne bougent pas toujours dans la même direction que l’analyse macroéconomique ou que notre modèle l’avait prédit et ils peuvent rester irrationnels longtemps. Il est donc important de mettre des limites à ce que nous pouvons risquer… et puis de recommencer. Si nous ne perdons pas trop de capital émotionnel à nous torturer avec les mauvais coups, nous sommes capables d’être à nouveau dans l’action, à partir de notre essence, si de nouvelles occasions se présentent. Pour être bons dans ce domaine, nous devons revenir à la table de jeu, limiter les pertes et maximiser les gains de façon objective, et cela, aussi bizarre que ça puisse paraître, en se tenant dans la vérité.

Mon acronyme ALVAC, que je pratique au quotidien dans toutes les sphères de la vie humaine, me donne le courage de réussir, qui est, en fait, le courage de vivre ma vie, et non seulement d’y survivre.

TJ n’était vraiment pas un idiot.[:]

[:fr]Millionnaire à Wall Street, il quitte tout pour se consacrer au yoga[:]

[:fr]Un Québécois qui a fait carrière jusqu’à Wall Street dans le domaine financier a tout abandonné pour devenir professeur de yoga.

Après une prise de conscience motivée notamment par un divorce, des problèmes financiers et un cancer, Érik Giasson a complètement changé de vie.

«J’ai travaillé plusieurs années à New York, j’ai travaillé à Bay Street, j’ai travaillé pour le plus gros « hedge fund macro » au monde, raconte-t-il. J’ai travaillé pour la plus grande banque d’affaires au monde, la Morgan Stanley. Et de me retrouver professeur de yoga, c’est un parcours un peu atypique.»

L’ancien bonze de la finance a su tirer des leçons des épreuves qu’il a eu à traverser.

«Si tu permets à la vie ou aux épreuves de te définir, tu deviens une victime, explique-t-il. Tu peux plutôt utiliser les épreuves comme des leçons pour grandir. Tu ne veux pas devenir un bon yogi, un bon financier à Wall Street. Ce que tu veux devenir, ta mission dans la vie, c’est une bonne personne humaine. Il s’agit de grandir dans les épreuves.»

Ayant grandi dans une famille de médecins, M. Giasson dit avoir toujours senti une pression de performer. Après s’être trouvé un emploi en finances à Montréal, il a tout de suite compris qu’il en voulait davantage.

«Tu penses tout le temps que les autres, ceux qui sont à New York où ceux qui se promènent en première classe et qui ont des belles voitures, des grosses maisons, ils ont l’air tellement plus heureux que toi», ajoute-t-il.

10 millions de dollars de profits

Malheureux au Québec, il déniche alors un emploi à New York.

«Je suis convaincu, mais absolument convaincu que je vais pouvoir, à travers ce nouveau rôle, combler tous mes rêves, poursuit celui qui est aujourd’hui père de cinq enfants. Et la nuit où Bear Stearns a fait faillite, […] j’avais une des plus grosses positions de ma vie. De minuit à 4 heures du matin, j’ai réussi à faire 10 millions de dollars américains de profits pour Brevan Howard. J’étais payé un gros pourcentage de ça. Et en seulement 4 heures, je venais de réaliser le plus gros salaire annuel de ma vie.»

Mais avec la crise financière de 2008, son employeur le met à la porte, comme des dizaines de milliers d’autres personnes.

«Je m’étais tellement épuisé émotionnellement à me comparer et à me dire que je méritais d’aller là, que j’étais presque peut-être sur le bord de la dépression. Il y a plusieurs choses dans la vie sur lesquelles on n’a aucun contrôle. À chaque fois que tu n’acceptes pas ce sur quoi tu n’as aucun contrôle, tu t’automutiles. Tu tournes les épreuves de la vie humaine en souffrance.»

Décidant de placer ses propres économies pour faire plus d’argent, il perd finalement son pari.

«Ça fait que, en 2008, j’ai eu une année record. En 2009, j’ai tout perdu ce que j’avais gagné en 2008. »

Idées suicidaires et yoga

Érik Giasson a ensuite traversé une période difficile où il a dû affronter la dépression et plusieurs idées suicidaires. Outre les antidépresseurs, c’est surtout grâce à la méditation et au yoga qu’il a réussi à retrouver le droit chemin.

«J’ai passé du gars de Wall Street au yogi, indique celui qui est copropriétaire du studio de yoga Wanderlust avec Geneviève Guérard. Je me suis laissé pousser la barbe, les colliers dans le cou, j’ai mis la robe. Je suis allé en Inde. J’ai fait le tour du monde, j’ai eu un gourou. J’ai appris à faire ce qu’il fallait faire. Dans ton autre rôle quand t’es le gars de Wall Street, tu tires sur la vie pour qu’elle rentre dans ton modèle. Quand tu te prends pour un yogi, tu fais semblant que les douleurs de la vie humaine n’existent pas. C’est comme si on t’avait donné une grosse dose d’épidurale, pour jouer encore le rôle. »

L’homme, qui raconte son histoire dans son livre «Le courage de réussir» publié aux éditions Del Busso et Infopresse, souhaite d’ailleurs continuer à vivre selon son nouveau mode de vie.

«Je pratique le yoga tous les jours, je médite tous les jours, conclut-il. Puis même si on ouvre plusieurs studios, que j’ai une carrière en finances ou peu importe avec un certain succès, pour moi, c’est important de ne pas perdre contact avec la conscience. Ne pas perdre contact avec mon intention. C’est primordial de pratiquer le yoga et la méditation.»

Article de TVA Nouvelles publié le , voir l’article complet ici[:]

[:fr]10 changements de carrière inspirants (Journal Métro)[:]

[:fr]Aller au bureau vous apparaît comme le pire des supplices? Vous avez de la difficulté à croire que vous ferez le même métier pour 20 ans encore? Vous êtes peut-être mûr pour un changement de carrière. Voici 10 parcours inspirants.

Monique Leroux

Celle qui a cédé les rênes de Desjardins il y a maintenant plusieurs mois est loin de la comptable austère. En fait, elle a étudié le piano pendant toute sa jeunesse, soit de 6 à 20 ans, au Conservatoire de musique et hésitait entre le chant classique et la direction d’orchestre. Elle a finalement choisi les chiffres, et avec succès!

Jerry Springer

Le célèbre animateur de la chaîne américaine NBC travaillait comme avocat et conseiller politique à la fin des années 1960 avant de devenir maire de la ville de Cincinnati, en Ohio. Après avoir tâté de la politique et du journalisme, il a trouvé sa voie et le succès avec The Jerry Springer Show.

Érik Giasson

Financier à Wall Street, Érik Giasson avait du succès et était multimillionnaire, mais profondément malheureux. Le yoga et un voyage en Inde lui ont fait réaliser que son rapport à l’argent était malsain. Désormais copropriétaire du studio de yoga Wanderlust à Montréal, il croit avoir trouvé la paix intérieure et s’autorise une petite folie quotidienne : des fruits et des légumes bios!

Boucar Diouf

Né au Sénégal et berger dans la savane jusqu’à 15 ans, Boucar Diouf a étudié en sciences à l’Université de Dakar avant de faire un doctorat en océanographie au Québec. C’est toutefois pour ses talents exceptionnels de conteur que Boucar Diouf est connu des Québécois, lui qui est animateur à la radio et qui présente des spectacles humoristiques partout dans la province.

Arnold Schwarzenegger

Jeune culturiste autrichien, Arnold Schwarzenegger devient rapidement une vedette des films d’action à Hollywood grâce à son corps musclé et à ses rôles dans la série Terminator. Comme il a été élu plus tard gouverneur de la Californie, on l’a surnommé le «Governator».

Le pape François

Saviez-vous qu’avant d’être prêtre, puis pape, Jorge Mario Bergoglio était technicien en chimie, en plus d’avoir fait des études en philosophie à Buenos Aires, en Argentine?

Ken Jeong

L’acteur américain d’origine coréenne poursuivait de brillantes études en médecine quand il a tout laissé tomber pour se consacrer à sa carrière d’acteur, remportant un vif succès avec Very Bad Trip.

Lise Watier

Conceptrice-animatrice d’émissions de télévision féminines pendant les années 1960, la Montréalaise Lise Watier est devenue une redoutable femme d’affaires à la tête d’un véritable empire de cosmétiques. Aujourd’hui, elle se consacre à sa fondation.

Chuck Norris

Membre de la US Air Force, Chuck Norris a servi en Corée du Sud, où il a appris l’art martial du tangsudo. De retour aux États-Unis, il devient expert de multiples arts martiaux et septuple champion du monde de karaté. Ses prouesses sportives lui vaudront des rôles au cinéma… et le rang de demi-dieu!

Walt Disney

Trop jeune pour combattre durant la Première Guerre mondiale, Walt Disney falsifie son passeport pour s’engager dans la Croix-Rouge en France. De retour aux États-Unis, il se lance dans une carrière de dessinateur publicitaire avant de donner naissance à une souris qu’on connaît bien.

 

Article de Audrey Neveu parue dans le Journal Métro, voir l’article complet ici[:]

[:fr]De la vérité pour Noël SVP![:]

[:fr]Année après année, nous nous posons toujours la même question : quoi donc se souhaiter pour les fêtes, pour la prochaine année? Cette si belle période de réjouissances peut parfois être intense pour plusieurs d’entre nous, car elle nous invite à toutes sortes de remises en question. De la santé? Du bonheur? Du succès?

De la vérité s.v.p.!

Personnellement, je vous souhaite de la vérité; d’en recevoir autant que d’en offrir. Pourquoi? Par ce que je suis obligé d’admettre que, dans notre société, nous ne cultivons pas toujours la vérité. À un point où l’on devient expert dans l’art de déformer la vérité, de l’éviter pour simplifier, ou même de l’ignorer pour « mieux » vivre.

Une enfance surprotégée

Dès notre plus jeune âge, nos parents évitent souvent la vérité. Ils nous racontent des histoires, transforment la vérité; tout cela en pensant nous protéger. Même quand ils se chicanent, ils trouvent le moyen de nous faire croire que tout va bien. Enfin, c’est ce qu’ils nous disent, alors on les croit! Et qu’en est-il de ces fameux contes de fées, si éloignés de la vérité? Mis à part le petit chaperon rouge, ou à quelques exceptions près, les histoires pour enfants finissent toujours bien…

Le but est évidemment de nous protéger des souffrances potentielles. Mais la vérité, c’est que la vie est une suite d’épreuves, dont certaines peuvent parfois être très douloureuses. Pour y faire face, il faut avoir appris cette vérité, l’avoir vécue et comprise. Car c’est lorsque nous n’accueillons pas la vie telle qu’elle est que les douleurs tournent en souffrances.

Ainsi, si dès notre plus jeune âge les adultes ne nous laissent pas faire face à la vérité et qu’ils nous évitent les épreuves de la vie, nous risquons de ne pas apprendre à développer de l’empathie pour les autres.

Comment vas-tu?

Quand vous posez cette question, êtes-vous prêt à entendre la vérité? Trop souvent, la personne qui la pose n’y est pas réellement et adéquatement préparée puisqu’elle est dépourvue des outils pour le faire. Entendre la vérité de l’autre signifie d’accueillir tout autant ses joies que ses souffrances.

Quant à la personne qui répond, ose-t-elle vraiment dire la vérité? En fait, elle risque de ne pas dire la vérité, croyant que, si elle le fait, que si elle témoigne de sa joie ou de sa souffrance, elle sera plutôt jugée et ne méritera alors probablement pas d’être aimée.

Ainsi, que ce soit la personne qui pose la question ou celle qui y répond, la peur de la vérité, de l’entendre ou de la dire, prend toute la place. Elle est omniprésente.

La vérité du temps des fêtes

Le temps des fêtes est une période qui nous envahit de sentiments souvent contradictoires. D’un côté, ce moment est synonyme de joie, de bonheur. Les enfants sont heureux, leurs yeux pétillent; nous cuisinons, recevons, nous espérons pouvoir nous reposer, jouer dehors, faire du ski, et ainsi de suite. C’est aussi une période propice aux rencontres familiales et amicales. Puis, d’un autre côté, rejaillissent en nous tous de moins beaux souvenirs.

L’heure est également aux bilans, aux dernières activités de l’année, nous faisant faire face à la vérité : la réalité économique dans laquelle nous vivons, nous oblige souvent à faire plus avec moins; le temps des fêtes rime aussi avec fin d’année, boucler le budget, évaluer l’atteinte des objectifs de vente, des heures facturées, prévoir ceux de l’année à venir; corriger des devoirs ou même en faire; et ainsi de suite, selon où nous sommes dans la vie, selon notre occupation. Nous pouvons donc percevoir cette période comme un goulot d’étranglement, parfois très stressant. Le tout, sans compter le fait que de revoir la famille et la belle-famille comporte son lot d’émotions.

Et, lorsque nous devons reprendre le travail, nous sommes souvent épuisés de notre temps des fêtes. Nous n’avons tout simplement pas eu le temps (ou pris le temps) de nous arrêter dans le « ici et maintenant », de façon à permettre justement à la vérité de traverser nos yeux.

La société : une vérité?

La société dans laquelle nous vivons nous fait croire qu’il nous manque quelque chose si nous ne possédons pas le dernier téléphone, la nouvelle voiture, ou que nous n’allons pas en voyage dans le Sud, que nous n’avons pas visité le tout nouveau resto branché. Elle nous fait croire que, sans tous ces luxes, nous ne pouvons pas être complètement heureux et comblés. Mais tout cela fait partie de l’illusion, et non de la vérité qui se vit dans le ici et maintenant.

La vérité du cœur

Est-ce que toute vérité est bonne à dire? Non, celle de l’égo ne l’est certainement pas puisqu’elle provient de notre tête, habitée par la peur, laquelle est souvent en manque, pleine de jugements et jalouse. La vérité qui vient de notre cœur est, quant à elle, toujours bonne à dire puisqu’elle est remplie de compassion et d’empathie. Comment peut-on trouver cette vérité? En cultivant des émotions qui sont près du cœur, telles que, par exemple, la gratitude. Laissez-moi vous partager une vérité, la mienne.

Quelques jours avant Noël, je courais sur le chemin enneigé de mon chalet; j’étais vraiment heureux et même rempli de gratitude de pouvoir courir 6 km. Pour moi, c’était une transformation, et même une révélation, n’ayant jamais été heureux dans le passé des résultats de mes 4 Ironman, de mes demi-Ironman, marathons et autres exploits que j’avais réalisés. Je me suis alors arrêté pour ressentir cette profonde gratitude, laquelle m’habitait maintenant dans toutes les facettes de ma vie. J’ai pensé à l’homme que j’étais avant, toujours obsédé par mon corps, mes blessures, ou du fait je n’avais pas la génétique pour être aussi endurant que ceux qui gagnaient les courses. Aujourd’hui, avec la même génétique qu’avant, portant toujours mes blessures, j’ai tout de même de la gratitude d’avoir ce corps puisqu’il m’a toujours été fidèle et qu’il me permet de continuer à courir, à mon rythme.

Ma vérité

J’ai passé une grande partie de ma vie à vouloir toujours plus, à ne pas apprécier tout ce que j’avais (ma maison, mes voitures, mon travail, mon salaire) et je n’ai pas toujours estimé à leur juste valeur les personnes qui m’entouraient ou qui m’avaient entouré, incluant ma famille. Mais maintenant, j’ai de la gratitude pour tout ce que j’ai dans ma vie : ma famille, mon père qui nous a quittés, mes enfants, ma conjointe, mon studio, mes étudiants, mon salaire, la Volvo du Yogi, mon chalet, mon appartement en ville, et même mes épreuves. C’est dans cette gratitude, laquelle me rapproche de mon cœur et me reconnecte avec le ici et maintenant, libre de l’illusion, que je permets à la vraie vérité de traverser mes yeux. Une vérité qui n’est pas polluée par les désirs de l’égo.

Aujourd’hui, c’est dans cette vérité que je me retrouve, sans jugements et sans envies ni culpabilité, sans jalouser ou critiquer tous les humains qui m’entourent. C’est aussi avec le courage de mon cœur que je permets à la vérité de la sagesse du moment de traverser mes yeux. Pour les fêtes, je vais m’offrir de la vérité, celle du cœur, je vais me respecter et m’accepter sans juger. Je vais aussi offrir la vérité de mon cœur à tous ceux qui m’entourent et leur offrir l’espace pour qu’ils me partagent aussi leur propre vérité. Car c’est dans ce partage de vraie vérité, dans le ici et maintenant, que se trouve l’amour, le vrai, et dans la question de Pierre Yves McSween – « en as-tu vraiment besoin? ».

Pourquoi ne pas s’offrir quelque chose de rare, qui pourra remplir notre cœur et nous nourrir : oui, de la vérité pour Noël s.v.p.!

Namasté[:]

[:fr]« Trouve-moi une enclume et je me mettrai la tête en dessous. »[:]

[:fr]Notre vie est une série de choix. Certains sont conscients, plusieurs sont inconscients, mais chacun est motivé par une de ces deux tendances : la peur ou le plaisir de se réaliser. J’ai récemment soupé avec mon vieux chum Pierre-Luc; en 25 ans, c’était seulement la troisième fois qu’on se voyait, mais c’était comme si rien n’avait changé. Tout était comme à l’époque, celle où l’on était presque des frères, à se côtoyer tous les jours.

Le cœur : source de force

Le titre de ce texte est une phrase de son cru. J’ai retenu cette phrase puisqu’elle le décrit à la perfection. Pierre-Luc est certainement un des hommes les plus forts physiquement que je connaisse. Bien qu’il soit doté d’une carrure, et de toute une, sa force, son vrai pouvoir, provient de son cœur.

Son cœur, c’est un des plus grands qu’il m’a été donné de rencontrer et, à mon sens, c’est exactement dans son cœur qu’il puise le courage d’être aussi fort. Bien sûr que, lorsque nous étions plus jeunes, cette force a pu se manifester quelques fois physiquement, mais il a toujours et à tous moments été présent pour ses amis, sa famille, pour ceux qui ont et ont eu la chance de le côtoyer.

Certes, Pierre-Luc est un grand sensible, mais il semble que pour lui la peur n’existe pas. Et c’est certainement pour cette raison qu’il a souvent l’impression de se retrouver la tête sous l’enclume. Au quotidien, il laisse toute la place à son cœur, là où il trouve le courage d’agir de façon intuitive, sans permettre à son esprit rationnel d’y faire obstacle.

Tomber, sans avoir peur, et recommencer, plus fort

Comme toute personne humaine, sa vie est une série d’épreuves, certaines plus douloureuses que d’autres, tant professionnelles que personnelles. Président et propriétaire de sa propre compagnie, il œuvre dans le domaine du divertissement. Après la crise de 2008, il s’est mis sous la protection de ses créanciers pour faire face à la dure réalité économique dans son domaine. Il s’est vite relevé, motivé par le plaisir de se réaliser, non par la peur.

Aujourd’hui, seulement quelques années plus tard, il règne au sommet mondial dans son domaine. Son entreprise emploie 500 personnes, opère des bureaux partout dans le monde et réalise un chiffre d’affaires annuel dans les 9 chiffres. C’est un succès de grande envergure; je suis impressionné et vraiment curieux d’en savoir plus. Bien sûr, je parle avant tout à mon ami, mais le gars de Wall Street en moi est tout près, comme le gars qui coache des présidents de compagnie. Enfin bref, avec grand intérêt, je le bombarde de questions.

Quand la peur guide

Et puis, j’ai eu envie de savoir quelle sera sa prochaine étape, ce qu’il envisage en tant que dirigeant. À ma question, il répond qu’il souhaite faire des acquisitions dans le but de devenir le plus imposant dans son industrie, le premier. Pourquoi ? Sa réponse est floue… mais il semble vouloir dire qu’il ne veut pas être menacé par la concurrence et qu’il vise le pouvoir afin d’être seul au sommet.

J’ai continué de le questionner et de l’écouter, pour finalement discerner que sa décision me paraît plutôt être motivée par la peur, par l’insécurité et par un manque de contrôle sur sa destinée; ce qui n’est pas habituel chez Pierre-Luc, mais qui peut être normal. Souvent, les entrepreneurs sont très courageux, voire inconscients, au début de la croissance de l’entreprise, alors qu’ils n’ont rien à perdre; tandis que, lorsqu’ils sont parvenus à un certain succès, et donc qu’ils ont davantage à perdre, il est possible que la peur s‘installe…

Je suis à son écoute, évidemment humble devant lui et son succès. Puis, je lui fais part de mon observation : l’intention derrière les acquisitions dont il parle, serait-elle plutôt guidée par la peur que par le plaisir de se réaliser ? Il semble y trouver un sens et acquiescer.

Sans lunettes, sans peur

C’est souvent quand la peur domine les décisions d’un entrepreneur que ce dernier se met, lui ou son entreprise, dans le trouble. Le but premier d’une entreprise est de répondre à un besoin, autrement elle ne pourrait exister.

L’entreprise qui connaîtra le plus grand succès est celle qui, d’une part, a bien identifié les besoins, sans les lunettes des désirs et sans être aveuglé par la peur, et aussi qui réussit à combler ces besoins avec ce qu’elle a réellement à offrir. S’ensuivra alors un cercle vertueux et non vicieux. Il est primordial pour un entrepreneur ou un dirigeant de bien comprendre l’intention derrière ses actions et même ses inactions.

Vraie vérité : vrai besoin

Plus tard dans la soirée, Pierre-Luc me parle de sa femme, combien elle est incroyable, et me raconte qu’elle se consacre à un travail humanitaire. Il me confie qu’il aimerait, lui aussi, sauver le monde, mais qu’avec ce qu’il a dans cette vie, il pense ne jamais réussir à le faire.

Il a tout en son pouvoir, avec ce cœur immense, pour contribuer à sauver le monde, à sa propre façon. C’est ce que je lui fais alors comprendre. Il ne s’agit pas de se réinventer, de tout quitter et de s’engager dans une mission humanitaire en Afrique ou en Inde, travailler dans un Ashram ou autre. Il s’agit plutôt de comprendre notre code de valeurs, nos forces et notre propre talent, et de permettre à la vraie vérité de traverser nos yeux pour y voir les vrais besoins.

Pierre-Luc a la chance d’avoir ce courage, ce pouvoir, cette force qui lui permet de vivre la plupart du temps libre de la peur. Nous agissons ou réagissons souvent de façon à combler nos besoins, mais lorsque nous ne sommes pas conscients de l’intention derrière nos gestes, nous comblons nos besoins avec des moyens de qualité faible ou non optimale.

L’intention suprême

C’est ainsi que je l’amène à réaliser que son objectif ultime est de sauver le monde à sa façon; c’est son intention suprême. Son objectif n’est pas de vouloir contrôler son industrie et ses compétiteurs (par peur). Il a un talent unique dans son industrie : tous les projets qu’on pense impossibles à réaliser (avec un esprit fermé), Pierre-Luc trouve une façon de combler les demandes les plus folles de ses clients, sans s’attarder à tout comprendre dès le départ avec son esprit rationnel. Il fonce; tout est possible ! Cet avantage compétitif lui donne une longueur d’avance sur n’importe qui dans son domaine.

Je lui explique que le besoin de divertissement existe réellement – et qu’il est grand –, ce partout dans le monde; il fait un bien extraordinaire aux gens, qu’ils soient en Asie, en Amérique du Sud ou en Europe. En participant à rendre le divertissement plus agréable et plus accessible à l’échelle mondiale, il rend des gens heureux et contribue à sa façon à sauver le monde. De par l’ampleur de son talent et de son entreprise, il réussit à toucher des millions de personnes qui reviennent forcément tous un plus heureux à la maison après une activité divertissante. Dans le cas de Pierre-Luc, c’est certainement une bien meilleure façon d’utiliser son talent que de travailler dans un hôpital de brousse.

Riche de comprendre que son intention ultime est de continuer à sauver le monde avec ce qu’il a réellement à offrir, Pierre-Luc peut maintenant revisiter la question des acquisitions : est-ce que ces actions m’aideront à me réaliser et à contribueront à mon intention ultime ? C’est une bien meilleure façon d’aborder la stratégie d’une entreprise, plutôt que de fonctionner dans la peur, l’insécurité ou le contrôle. De cette façon, il agit avec toute la richesse de la sagesse du moment, sans se couper de son cœur et de ses pouvoirs, lesquels l’ont toujours bien servi.

Enclume

Nul ne peut contrôler l’avenir. Il y aura certainement d’autres crises, comme celle de 2008, qui amèneront leur lot d’enclumes pour certains entrepreneurs. Ces épreuves viendront avec des leçons qui feront grandir, comme ce fut le cas de mon vieux chum. Mais, si au quotidien notre intention derrière nos gestes est de réaliser notre intention la plus noble, avec ce que nous avons à offrir dans la vérité, loin de la peur, nous avons une vie riche et nous trouvons le courage de nous mettre la tête sous l’enclume, de renaître et recommencer, sans avoir peur. Namaste.[:]

[:fr]Changer de vie: arrêter de courir après l’argent![:]

[:fr]Par Mathieu-Robert Sauvé, de L’Actualité (article disponible ici)


Érik Giasson a quitté un emploi à Wall Street pour ouvrir un studio de yoga à Montréal.

 

«On va commencer par la position de l’enfant: fessiers sur les talons, mains sur les genoux. On prend de longues inspirations par le nez, puis on expire lentement…»

Nous sommes au studio de yoga Wanderlust, dans le quartier Mile End, à Montréal. Vêtu d’un short ample et d’un t-shirt de coton, le professeur, Erik Giasson, est assis dans la position du lotus, parfaitement détendu. La quinzaine d’élèves installés sur des tatamis obéissent avec docilité à ses directives prononcées d’une voix apaisante.

Erik Giasson, pieds nus et crâne rasé, ne ressemble plus guère au loup de la finance cravaté et bien coiffé qu’il a été pendant 21 ans. Bourreau de travail, il parcourait alors la planète financière, de New York à Londres, pour le compte de la banque américaine  Morgan Stanley et du fonds d’investissement britannique Brevan Howard. Il a négocié des centaines de millions de dollars, touché un salaire dans les sept chiffres et possédé une grande maison dans la chic banlieue d’Oakville, à l’ouest de Toronto; le garage attenant abritait deux Porsche et une Ferrari. Marié et père de quatre filles, il incarnait le self-made man à l’américaine. Athlète de la démesure, il courait des triathlons Ironman (3,8 km à la nage, 180,2 km à vélo et 42,2 km à la course).

«Si on m’avait dit, il y a 10 ans, que je deviendrais prof de yoga, j’aurais éclaté de rire», admet l’homme de 51 ans, qui assume pleinement sa nouvelle réalité. Il ne parle plus taux d’intérêt, gestion de portefeuille et capital de risque, mais recherche d’équilibre, importance du moment présent et harmonie intérieure. Son revenu a fondu à moins de 20 000 dollars par année. Qu’importe! Sa course à l’argent nuisait à son équilibre personnel, affirme-t-il. «Dans le milieu de la finance, il y a toujours quelqu’un qui réussit mieux que toi ou qui gagne plus d’argent que toi. Tu veux une plus grosse maison, une voiture plus luxueuse. Il n’y a pas de limites à cette surenchère. Aujourd’hui, je suis débarrassé de ça. Au yoga, mon compte en banque n’intéresse personne.»

Non qu’il renie son ancienne vie; elle lui a simplement filé entre les doigts. En quelques années, des placements mal avisés et la crise financière de 2008 l’ont acculé à la faillite. Côté personnel, deux coups durs l’ont sonné. «Ma femme m’a quitté pour mon meilleur ami. Puis on m’a diagnostiqué un cancer de la thyroïde», raconte-t-il à propos de cette période noire de sa vie. Tout a basculé, et un profond désespoir l’a habité pendant plusieurs mois. «Pas une journée ne passait sans que je pense à me suicider.»

Ce sont des cours de yoga, à Los Angeles, qui l’ont sauvé. Il était en route vers son quatrième triathlon lorsqu’une blessure l’a contraint à faire une pause. «J’allais aux cours pour passer le temps durant ma convalescence, mais ça m’a fait du bien. Beaucoup de bien.»

Le seul fait d’apprendre à respirer a été pour lui une épiphanie. Et puis relâcher la pression, reprendre le pouvoir sur son environnement, être à l’écoute des autres, tout ça l’a remué. «Je me suis profondément remis en question», dit-il. Sa séparation lui est apparue comme l’occasion de prendre conscience qu’il devait accorder plus d’attention à ses relations humaines. Et son cancer, en rémission, lui a fait comprendre l’importance de vivre pleinement chaque instant.

Originaire du quartier Saint-Vincent-de-Paul, à Laval, Erik Giasson est issu d’une famille de médecins. Son grand-père et son père étaient cliniciens, et toute la parenté s’attendait à le voir suivre leurs traces. C’est plutôt HEC Montréal qui l’accueille après le cégep. Pendant ses études universitaires, il voit un de ses copains, Pierre Ferland (actuellement dirigeant de la Banque royale d’Écosse, à Hongkong), connaître du succès en finance. Avant de finir son bac en 1988, la Banque de Montréal l’embauche, puis la Banque Nationale le débauche. Il fait bonne figure, assurant des profits à ses actionnaires. Sa carrière progresse jusqu’à Wall Street. Puis survient le krach de 2008. «On ne s’en est pas vraiment aperçu ici, mais cette crise a eu des répercussions majeures aux États-Unis. Près d’un demi-million de personnes ont perdu leur emploi d’un coup. J’étais du nombre.» Lui qui n’avait connu que l’ascension se retrouvait les ailes coupées.

La méditation l’a mené à la pleine conscience. Et sa fibre d’homme d’affaires lui a fait flairer une nouvelle tendance lorsqu’il a suivi sa formation au studio Kula, à New York. «À Montréal, il n’y avait pas de studio de yoga comme ceux que j’avais découverts aux États-Unis. Il fallait saisir l’occasion.»

C’est au 7, avenue Laurier Est, dans une ancienne banque, qu’il a ouvert son studio avec une partenaire d’affaires, Geneviève Guérard, qui a été danseuse aux Grands Ballets canadiens. Wanderlust est un concept né à New York qui fait une large place à la musique. De type Vinyasa, l’approche fait converger «séquences créatives, défi physique et mental, et précision des alignements posturaux». Avec près de 1 500 élèves par semaine, c’est le deuxième studio en importance à Montréal. «On pense agrandir, car on manque d’espace», résume celui qu’on surnomme aujourd’hui le «yogi de Wall Street».

Après un voyage en Inde et beaucoup de méditation, Erik Giasson s’est rendu compte qu’il n’arrivait pas à adhérer tout à fait au mode de vie des «yoga freaks». Les fleurs dans les cheveux et les volutes de patchouli, pas pour lui. «Je bois du vin, mais pas trop; je mange de la viande, mais pas trop…» Il roule dans une Volvo 2007 d’occasion.«J’espère la garder encore quelques années», lance-t-il en souriant. De toute façon, il se déplace à pied la plupart du temps, car il habite à 500 m de son studio.

Le nouvel adepte de la simplicité volontaire est tout de même resté un peu… hyperactif. En plus de ses classes de yoga — une dizaine par semaine —, il offre ses services d’entraîneur personnel à une vingtaine de clients. Et, fort de son expérience, il donne aussi des conférences sur les façons de surmonter les crises personnelles et professionnelles.[:]

[:fr]La marche de la gratitude[:]

[:fr]Nous avons tous une vision ou un modèle de comment la vie devrait être afin de combler nos besoins et de nous permettre enfin de nous réaliser. Ce modèle provient en grande partie de notre conditionnement social et familial. Il comporte une multitude d’associations neurologiques et de croyances limitatives qui nous empêchent souvent de danser avec la vie et d’éprouver de la gratitude pour tout ce qu’elle nous offre.

Pour m’exprimer métaphoriquement, la vie est une danse et elle se manifeste souvent avec la force et la puissance d’une rivière au printemps qui déborde de son lit. Le lit, ici, représente notre modèle, ce que nous croyons que la vie devrait être pour arriver à combler nos différents besoins. Pour la plupart d’entre nous, comme il existe toujours un écart entre la vie, la vraie, et notre modèle, nous gaspillons souvent notre pouvoir, notre énergie vitale, à vouloir ramener cette rivière dans son lit alors que, nous le savons, c’est impossible. Nos besoins n’étant pas comblés dans l’immédiat, ici et maintenant, en raison notamment de cette distance entre la réalité et notre modèle, nous vivons souvent dans l’espoir qu’un jour ils le seront. Nous espérons que la vie fera en sorte que nous rejoindrons notre modèle, tout en espérant que nous serons présents à ce moment pour nous sentir comblés, rassasiés. Toutefois, comme notre vision de réalisation change et évolue constamment, la majorité vivra toujours dans l’attente du succès et du bonheur tant attendu.

Nous nous répétons souvent ces associations ou ces croyances à tel point qu’elles sont bel et bien ancrées en nous et deviennent notre illusion, notre vision de la manière dont la vie devrait être. Le problème, c’est que nous savons rarement qui nous sommes, et par le fait même, ce que nous voulons, nos désirs n’étant souvent que les fruits de notre conditionnement et non les nôtres. Ceux qui nous entourent ont l’air si heureux, surtout ceux qui voyagent en première classe ou qui se promènent en Mercedes, qui s’habillent avec des vêtements griffés ou vivent dans de luxueuses maisons. Probablement que si j’étais né dans une famille de motards ou de hippies, mon conditionnement aurait été différent et mon modèle de bonheur aussi.

Il y a tout de sortes de grands courants dans la vie, des tendances de fond et des vents dans toutes les dimensions de la vie humaine. Quand on se bat contre la tendance avec la moindre résistance, quand on se bat contre la force de la rivière, nous créons de la souffrance. Il y a de la douleur dans toutes les facettes de la vie humaine parce que la vie est rarement comme notre modèle. La vie change et notre modèle change aussi; il évolue et c’est aussi ce qui en fait un problème insoluble. C’est fluide, et c’est ça, être humain.
Il est beaucoup plus facile pour celui qui fait de la voile d’utiliser le vent que de se battre contre lui. L’ancien triathlète en moi se souvient qu’il est beaucoup plus facile d’utiliser la force du courant de l’eau que de vouloir se battre contre lui. L’athlète de sport de combat comprend aussi comment utiliser toute la force de son adversaire pour ensuite mettre tout son poids derrière afin de générer une force qu’il n’aurait pu avoir seul. L’amateur de deltaplane reconnaîtra qu’il est plus facile de planer avec le vent que de s’y opposer, sinon une mort inévitable l’attendrait.

Prenons l’exemple de la météo. Elle est assurément une tendance sur laquelle nous n’avons aucun contrôle. Il y a certes des temps plus plaisants que d’autres. Juste à voir l’espace qu’occupe la météo dans les bulletins de nouvelles ou dans les conversations, juste à entendre les gens en discuter sur le bord du distributeur d’eau, on comprend qu’il s’agit d’une préoccupation pour plusieurs. Si nous avons des activités extérieures ou des petits à habiller, se tenir au courant de la météo à venir peut certainement être utile, et même vital parfois. Mais une fois que l’on connaît la météo, s’y opposer et ne pas l’accepter tourne l’expérience négative en douleur, et dans certains cas, en souffrance. Il y a de la neige au Québec au moins quatre mois par année : c’est la danse. S’y opposer crée bien inutilement des chansons qu’on se répète continuellement dans notre esprit, qui produisent des tensions et finissent par gâcher nos moments, nos journées et nos vies.

Il y a beaucoup d’autres exemples de vies humaines, tels que la femme qui n’a pas accepté que son mari l’ait quittée pour une autre, les parents qui n’acceptent pas que leur enfant soit gai ou qu’il choisisse un métier d’artiste, la femme d’affaires qui a fait une mauvaise transaction, l’athlète qui n’a pas réussi à se qualifier. Ne pas accepter d’être fatigué, que notre corps soit fatigué, et se répéter constamment que notre corps est dans cet état ne font qu’empirer la situation. Ça devient notre illusion, notre monde, notre vie, sans que nous puissions sentir notre corps et vivre la vie comme elle est, sans filtre.

Les exemples du quotidien sont encore nombreux : ne pas accepter que quelqu’un nous coupe en voiture ou en ligne pour la caisse à l’épicerie, que l’autobus soit en retard ou plein, que notre restaurant préféré soit complet le soir où l’on voulait y aller ou que notre aliment favori soit en rupture de stock; ne pas accepter les foules du Costco le samedi matin; les bruits de notre voisinage, des autos-camions, des voisins d’en haut qui sont bruyants, des corbeaux qui hurlent ou des chiens qui aboient; ne pas accepter notre situation financière qui se détériore, les erreurs, la défaite, notre corps tel qu’il est ou qui vieillit, la maladie et la mort.

Notons aussi les grands courants mondiaux économiques, politiques, écologiques et sociaux. Le refus d’accepter ce sur quoi nous n’avons aucun contrôle, ce qui semble inacceptable à notre esprit rationnel, et le refus de mettre consciemment tout notre poids derrière cette tendance de fond nous placent à contre-courant dans une position de souffrance autogénérée.

La qualité de notre vie se résume souvent à notre capacité d’accepter ce sur quoi nous n’avons aucun contrôle. Lorsque nous n’acceptons pas la vie comme elle est, nous n’acceptons pas l’impermanence de tout parce que nous avons peur : peur de ne pas savoir ou peur de l’incertitude que ça peut créer. Nous jugeons constamment pour nous sécuriser, pour diminuer cette peur, cette crainte qui nous habite en tout temps.

Lorsque nous sommes habités par cette peur, nous sommes dans notre mode par défaut, un mode de survie où nous nous coupons de notre cœur, de ce qui nous nourrit. En ne permettant pas à la vie de nous nourrir, nous nous retrouvons en déficit émotionnel, puis en réaction face au fait que la vie, la vraie, n’arrive que très rarement comme notre modèle. Lorsque nous sommes en déficit émotionnel, c’est que nous avons l’intention de faire entrer la rivière dans son lit. Nous perdons alors notre pouvoir de réagir aux aléas de la vie au lieu de nous laisser bercer par elle. À lutter contre la rivière, le courant, nous forçons la vie, ce qui explique souvent la piètre qualité de notre existence.

Ce n’est pas une mince tâche d’accepter l’inacceptable, ça prend du courage et le paradoxe c’est que ça doit passer par le cœur. La pratique spirituelle nous rapproche de notre cœur et nous libère de la tyrannie de notre intellect. Une fois que nous avons la capacité de cultiver des émotions près du cœur, même dans des conditions qui ne sont pas favorables, cela nous positionne dans une abondance émotionnelle au lieu d’être vides par le fait que la vie n’est pas comme notre modèle.

J’ai récemment déménagé à moins de 10 minutes du studio de yoga et depuis je pratique la marche de la gratitude. Pendant mon déplacement vers le studio ou de retour vers la maison, il s’agit d’éprouver de la gratitude pour tout ce qui m’entoure, dans le « ici et maintenant », et aussi pour tout ce qui remplit ma vie. Je ne me donne pas le droit de regarder mon téléphone ou de penser à mes problèmes ou douleurs; je ne fais qu’éprouver de la gratitude pour toutes les beautés de vie, mais aussi pour la pluie, pour ceux qui me coupent sur le coin de la rue, pour les travaux, pour les fumeurs et ainsi de suite.

Depuis que j’ai cette discipline, je me retrouve encore plus en position d’abondance émotionnelle, ce qui me donne le pouvoir de faire face aux différents problèmes de gestion d’un studio de yoga ou aux douleurs que la vie humaine peut apporter dans ma vie personnelle. Mais au lieu de réagir au fait que la vie n’est pas comme mon modèle, le courage trouvé dans mon cœur me donne le pouvoir d’accepter et d’agir selon la richesse de la sagesse du moment présent, ce qui change en mieux la qualité de ma vie.

Namaste.[:]

[:fr]ALVAC ou le pouvoir d’être pleinement conscient[:]

[:fr]« ALVAC » est l’acronyme que j’utilise en coaching et comme je suis le thérapeute et la thérapie, il exprime le processus à travers lequel je retrouve le pouvoir d’être pleinement conscient. Pour vivre en pleine conscience, nous avons besoin d’un rituel qui nous libère de la tyrannie de notre intellect. En réalité, le véritable objectif d’une telle pratique (peu importe le nom qu’on lui donne) est d’accéder à l’espace où se loge notre véritable essence, un lieu où notre tête et notre cœur sont en symbiose et en parfait équilibre, où nous éprouvons une forme de communion avec notre environnement, une présence dans notre vie et une gratitude par rapport à notre richesse intérieure. Le chemin adopté pour y parvenir est sans importance (chacun choisit son véhicule). Certains adoptent la méditation ou le yoga et d’autres choisissent de jouer de la guitare, de tricoter ou de marcher. L’essentiel est que cet exercice nous remplisse d’énergie, sans dépendance ni besoin de se surpasser, qu’il nous permette de faire la distinction entre nous et nos pensées et que ce voyage nous mène à ce que nous appelons la pleine conscience, un espace où nous retrouvons notre pouvoir d’être qui nous sommes.

 

Accepter. Plusieurs choses dans la vie échappent à notre maîtrise. Nous créons quotidiennement des souffrances en tentant de maîtriser ce sur quoi nous n’avons aucun pouvoir. Nous avons en tête, dans la plupart des cas, un modèle représentant la manière dont la vie devrait être, mais, malheureusement, la vie se déroule rarement selon notre plan. Cette différence, cet écart crée la douleur qui peut devenir de la souffrance. La vie humaine est souvent éprouvante à cause des vraies épreuves qu’elle engendre, mais les souffrances sont autogénérées par notre non-acceptation de la vie telle qu’elle est.

 

Il existe de grands courants dans la vie, des forces dans toutes les dimensions de la vie humaine qu’on peut appeler la danse ou la lila. Notre opposition à cette danse crée de la souffrance. Quand nous avons le pouvoir de regarder la vie qui se déroule devant nous comme une danse plutôt qu’une guerre, ceux qui nous entourent deviennent des partenaires de danse et non des combattants. Dans la danse, nous ne voyons pas les épreuves comme des bombes, mais comme des cadeaux qui nous sont offerts pour nous permettre d’évoluer en tant que personne humaine.

 

Le yogi de Wall Street en moi peut faire un lien avec les marchés dans ce qu’on appelle « la voie de la moindre résistance ». En tant qu’investisseur ou spéculateur, il est beaucoup plus facile de miser sur un marché haussier quand les marchés montent que de se battre contre la tendance profonde. Être à contre-courant dans les marchés peut devenir une expérience dispendieuse — j’en sais quelque chose. Nous pouvons aussi faire une analogie avec le lutteur qui utilise la force de l’autre à son avantage en mettant tout son poids derrière pour gagner. Quand j’étais un triathlète, je n’aimais pas nager : j’essayais de dompter l’eau, je me battais avec elle. J’essayais de maîtriser mes concurrents et j’y perdais toute ma force, mon énergie. Dès que j’ai utilisé l’eau et les courants créés par les autres participants à mon avantage, j’ai regagné cette force, ce pouvoir, pour nager plus rapidement et j’ai gardé cette énergie pour le reste de la course. Parallèlement, il existe de grands courants sur les plans professionnel, économique, politique et démographique ainsi que dans notre corps, notre vie de couple et notre famille, entre autres. Accepter la danse nous redonne notre pouvoir.

 

Liberté. La plupart d’entre nous veulent être libres, mais plusieurs sont perplexes quand vient le temps de choisir ce dont ils souhaitent se libérer ou de préciser ce que « liberté » veut dire. Plusieurs veulent avoir la liberté de ne plus travailler, de changer de vie. Changer de vie sans comprendre que nous sommes prisonniers de notre propre esprit rationnel et analytique ne changera pas la qualité de notre existence, même si nous nous retrouvons multimillionnaires vivant à Bali. La pratique spirituelle, elle, nous permet de nous libérer du besoin d’identification à notre rôle social et d’être qui nous sommes. La personne que nous sommes vraiment est libre, mais celle que nous pensons être — notre rôle — ne l’est pas. Notre rôle est sujet à la loi des accidents et se bat contre la danse dans la recherche de reconnaissance.

 

Le pouvoir de la pleine conscience nous permet de comprendre les pensées, les émotions et les associations neurologiques qui expriment nos peurs, nos plaisirs ou nos moments de bonheur. Ça prend du courage pour être libre, être différent et se défaire du besoin de reconnaissance et du regard des autres. L’étymologie du mot « courage » révèle d’ailleurs le mot « cœur ». La liberté passe par le cœur et les émotions qu’on y associe : la gratitude, la satisfaction, l’empathie et le pardon. Grâce à elles, nous sommes libres d’être notre essence propre et de vivre consciemment une expérience humaine.

 

Vérité. Ma pratique spirituelle me donne un contrat de vérité avec moi-même, elle me libère de l’illusion ou de la maya. Il est difficile de vivre dans la vérité parce que la plupart de nos interactions se font à partir de notre rôle, de notre identité sociale. Notre ego et l’ego de ceux qui nous entourent veulent recevoir de la reconnaissance et se faire dire qu’ils jouent un beau rôle dans la société. Une grande partie d’entre nous sont incapables de permettre la vérité. Au quotidien, nous nous posons mutuellement la question : « Comment vas-tu? », sans vraiment poser la question, sans vraiment y répondre et sans vraiment vouloir connaître la vraie réponse. Nous avons l’impression que si les gens savaient vraiment qui nous sommes et ce que nous vivons, ils ne nous aimeraient pas. En fait, comme la liberté, la vérité passe aussi par le cœur parce que notre ego, esprit rationnel, en a une autre définition. Dès que nous sommes libérés de l’illusion, nous avons le pouvoir de voir sans filtre ni jugement la vie qui se déroule devant nous; c’est comme avoir une relation d’amour intime avec sa vie.

 

Action. Ce qui touche à la pleine conscience souffre couramment d’une mauvaise perception. Nous pensons souvent, à tort, que la pratique de la pleine conscience est bonne seulement pour le yogi sur son tapis, le moine dans son monastère ou le fakir sur son lit de clous. Elle nous donne pourtant le pouvoir d’agir dans la vraie vie humaine et de nous réaliser.

 

La qualité de notre vie se résume à la qualité de nos émotions, à la qualité de notre état d’esprit et à nos actions qui en découlent. Après avoir accepté la danse, nous être libérés de notre rôle et nous être engagés dans un contrat de vérité avec la vie qui nous entoure, nous sommes dans l’action. Nous comprenons à ce moment l’intention derrière nos actions; nous ne réagissons plus comme des machines préprogrammées à partir d’associations neurologiques fondées uniquement sur notre conditionnement social et familial. Notre mission dans la vie devient de nous réaliser et d’offrir ce que nous avons à offrir dans toutes les dimensions de la vie humaine. Quand nous réussissons à nous reconnecter à notre essence, à la vie, c’est comme si nous étions rebranchés à elle par un cordon ombilical qui nous nourrit à travers nos actions. Nous devenons nos actions et celles-ci proviennent de la richesse et de la sagesse du moment. Notre esprit rationnel et notre cœur font partie de cette richesse, mais aucun ne nous guide unilatéralement, ils sont plutôt en équilibre, en symbiose. Nous faisons maintenant ce que nous faisons parce que c’est ça que nous faisons, et non parce que nous voulons recevoir de la reconnaissance ou attirer les regards. C’est à l’instant où nos actions proviennent de notre essence et qu’elles répondent à un besoin dans la société que nous nous réalisons, peut-être même avons du succès et faisons de l’argent. Cependant, faire de l’argent sans se réaliser n’est pas une réussite, de la même façon que posséder un talent non réalisé est un véritable échec.

 

Confiance. Après avoir intégré à notre vie l’acceptation, la liberté, la vérité et l’action intentionnelle, nous devons avoir confiance et laisser aller le besoin de maîtriser les résultats de nos actions. Nous perdons notre pouvoir à vouloir maîtriser la façon dont les autres vont réagir ou dont les événements vont se passer, car tout cela fait partie de la danse. Nous devons bien sûr assurer un suivi et, si de nouvelles informations surviennent, ajuster le tir au besoin, mais pas nous torturer à vouloir maîtriser les résultats. Si les fruits de nos actions ne sont pas une réussite, ce n’est pas un échec, mais un cadeau présentant des leçons pour nous faire grandir et devenir un meilleur humain afin de mieux contribuer à la société.

 

L’ALVAC est mon processus pour retrouver le pouvoir d’être pleinement conscient, d’être dans l’action et de me réaliser dans toutes les facettes de la vie humaine : carrière, vie familiale et amoureuse ainsi qu’engagements politiques, sociaux, économiques, écologiques et autres. Nous avons tous une essence propre qui nous permet de contribuer à la vie de façon unique pour nous réaliser. L’ALVAC me permet d’avoir une vie riche, voire très riche, même si ce n’est pas encore l’avis de mon banquier.

 

Namasté.[:]

[:fr]Radio Canada – Se méfier de l’obsession du bien-être[:]

[:fr]Sommes-nous obsédés par le bien-être? Les auteurs du livre Le syndrome du bien-être le croient, surtout lorsque le bien-être est élevé au rang d’idéologie. L’auteure-compositrice-interprète Florence K et le conférencier et copropriétaire du studio de yoga Wanderlust Érik Giasson ont lu cet ouvrage qui fait réagir en France. Ils ont eu des réactions mitigées quant à son contenu, bien qu’ils soient d’accord sur le fait que la recherche du bien-être peut parfois créer une forme de dépendance ou de l’anxiété.

« Toute tyrannie n’est pas bonne à vivre », explique Florence K qui, comme Érik Giasson, s’est mise à pratiquer le yoga et des activités physiques de façon intensive à la sortie d’une dépression. Les deux invités trouvent que le livre manque de nuance et adopte un ton condescendant. Il fait abstraction des bienfaits liés à la prise de contrôle de certains aspects de sa vie.


Écouter l’audio fil et lire l’article (Radio-Canada)[:]

[:fr]La Volvo du yogi[:]

[:fr]Nous vivons dans une société et une culture où nous sommes à la recherche de quelque chose. Nous pensons constamment que le bonheur se trouve dans la prochaine étape. Nous nous retrouvons souvent dans une situation qui va de plus en plus vite. C’est encore plus vrai depuis la venue des différents médias sociaux, grâce auxquels les gens sont plus préoccupés par la photo de leur repas dans le nouveau resto branché que par le repas lui-même. On pourra sûrement lire, à la suite de la publication de cette photo, des commentaires qui diront que s’ils ont aimé ce resto, ils vont adorer une nouvelle découverte qui est encore plus in. C’est aussi vrai pour les voyages, les nouveaux jouets, les nouvelles maisons et plusieurs autres achats.

Nous vivons dans une société où aussitôt que nous avons acheté un produit, quel qu’il soit, celui-ci est remplacé par un nouveau encore meilleur et plus performant. La publicité et ceux qui nous entourent nous font croire que nous devons absolument posséder ce nouveau gadget pour enfin être satisfait, comblé et même, peut-être, heureux. Le yogi de Wall Street en moi comprend que nous avons créé un modèle économique insoutenable et une des façons de maintenir le système en place est de nous faire changer notre iPhone tous les deux ans.

Ce phénomène n’est pourtant pas né d’hier. L’économie américaine, celle de l’après-guerre qui a fait place aux baby-boomers, a subi une forte croissance économique et populationnelle. Une grande partie de cette croissance était reliée à l’expansion manufacturière, dont celle de l’industrie automobile. Certains d’entre nous se souviendront des publicités de l’époque où l’on voyait la famille modèle américaine : le couple avec trois enfants, devant son bungalow et, juste à côté dans l’entrée, une nouvelle Ford. Cette image devenait un idéal de réussite, de bonheur à atteindre.

Mon père Carl, né à la fin de la guerre, était un boomer. Il a lui-même été teinté par cette culture où l’on sous-traite une partie de notre bonheur et de notre succès à la voiture que nous conduisons. Le conditionnement familial compte aussi pour beaucoup : mon grand-père, médecin du village, conduisait très fièrement une Oldsmobile décapotable rose. Les voisins se souviennent de le voir arriver à la messe du dimanche au volant de son bolide, un vrai modèle de réussite pour plusieurs. Je me souviens très bien des premières voitures de mon père, de sa Mach 1 orange, une Mustang — une vraie — dans le temps où Ford construisait de vrais bolides. Il l’a ensuite changée pour une autre Mustang, mais cette fois-ci, c’était une Boss 351 décapotable, une véritable voiture de course. Il la conduisait avec fierté. Jeune médecin, famille, enfants, maison; encore une fois, un modèle de réussite et de bonheur pour plusieurs.

Comme je fais partie de cette culture, de cette société et de cette famille, aussitôt venu le temps de conduire, j’ai travaillé uniquement pour me payer des voitures. Je n’avais pas encore 20 ans que j’avais déjà eu au moins dix voitures : trois Renault 5, deux BMW, une Volvo, un MGB, une Fiat Spider, une Rabbit décapotable et j’en passe. Chaque fois que j’avais une nouvelle voiture, je l’appréciais pour quelques jours ou semaines, mais après très peu de temps, j’en voulais une autre. Quand tu es en manque, non nourri par la vie qui est devant toi, aucune voiture ne comblera ce vide, ce trou sans fond.

J’ai été très longtemps obsédé par les voitures. C’était mon monde, mon rôle, et je m’identifiais à mes voitures. « Dis-moi ce que tu conduis je te dirai qui tu es », c’était un peu ma façon de penser. Je ne pense pas être le seul à être ainsi. Qui n’a jamais suivi quelqu’un du regard dans un stationnement pour savoir quelle voiture cette personne conduit? Je me souviens, à l’époque où j’avais mon MGB, je devais avoir 18 ans. Elle passait plus de temps au garage que sur la route. Un ami voulait me présenter une fille, mais comme mon auto était en réparation et que je conduisais une voiture de service, j’ai refusé le rendez-vous. Voilà un bel exemple que la plupart d’entre nous valorisons les objets par leur prix ou par la reconnaissance qu’ils nous procurent plutôt que par le plaisir qu’ils nous donnent.

Une fois que mes filles ont grandi et que j’ai arrêté de conduire des minifourgonnettes, VUS et autres véhicules familiaux, j’ai pu revenir à ma passion et comme je gagnais bien ma vie, j’ai pu me payer des bolides dont j’avais toujours rêvé. Je les ai accumulés les uns après les autres : Saab, Range Rover, Porsche, Ferrari, et ce, sans compter les voitures que j’ai achetées pour mon père, mes filles et ma conjointe. C’était une vraie obsession, une vraie maladie. Comme quelques-uns de mes voisins sur ma rue avaient des Porsche 911, je m’en suis payé une. Je l’ai aimée, mais je n’étais jamais comblé ni satisfait. Un soir, je suis allé au Centre Bell au volant de ma 911 et à côté de moi, il y en avait une autre dans le stationnement, plus belle et plus neuve. Je me suis retrouvé en manque. Le soir même, une fois revenu à la maison, je suis allé sur Internet pour me procurer le même modèle. Je me souviens aussi du jour où mon voisin immédiat est arrivé avec une deuxième Porsche. Je l’ai envié, j’étais en manque et c’est alors que j’ai décidé de m’acheter une Ferrari et une autre Porsche. Ce n’était toujours pas assez, je voulais d’autres voitures, mais je n’avais plus d’espace dans le stationnement. J’ai donc envisagé de construire un garage sur le terrain de mon chalet pour entreposer mon écurie de voitures. C’était sans fin, un problème insoluble.

En 2010, deux ans après avoir perdu mon emploi et une bonne partie de mes économies à la suite de la crise financière de 2008, après avoir fait ma formation pour devenir professeur de yoga, j’ai décidé de vendre mes voitures, de vendre une partie de moi ou de qui je pensais être. J’expliquais à ceux qui voulaient l’entendre qu’un yogi ne pouvait pas se promener en Ferrari — ce qui était un peu vrai, mais c’est surtout que j’étais cassé et que j’avais besoin d’argent. C’est alors que bien malgré moi, en dépression, complètement dans les brumes, je suis allé échanger ma Ferrari au garage contre une Jetta pour ma fille et un peu d’argent. Je l’ai pratiquement donnée, probablement parce qu’elle représentait le partie la plus laide de qui je pensais être. J’ai aussi apporté mes deux Porsche au garage du coin et les ai échangées contre une Volvo V70 2007 qui avait à peine 40 000 km au compteur (et comme j’étais végétarien à l’époque, ses bancs en tissu réconfortaient mes valeurs de yogi). Je l’avais tout de suite surnommée la « Volvo du yogi » comme pour me justifier, pour ne pas permettre aux autres de me juger sur la voiture que je conduisais.

Je me consolais en repensant à cette vieille photo publicitaire de Volvo sur laquelle on voyait une Porsche 944 Turbo et une Volvo 740 Turbo Wagon. Les deux étaient blanches et on pouvait lire : « Il n’y a pas de différence du point de vue du radar. » Comme les humains, finalement; nous sommes tous différents à l’extérieur, mais au niveau du cœur, il n’y a pas de différence.

Le moment où on laisse aller les modèles de bonheur et de semblant de réussite qui ne sont que prison ou souffrance, on se retrouve alors dans une position d’abondance plutôt que de manque. Nous pouvons changer notre mantra, notre chanson qui court sans cesse comme un hamster dans notre tête et nous permettre d’être riche de tous les petits moments de la vie. La qualité de notre vie n’a rien à voir avec le montant d’argent que nous possédons ou avec la voiture que nous conduisons. Je comprends, bien sûr, que nous vivons dans une société dans laquelle nous avons besoin d’argent pour vivre. L’argent nous donne une certaine flexibilité, mais le montant d’argent n’est pas garant de bonheur. Si vous pensez que le montant d’argent ou les jouets que vous pouvez acheter avec lui vous procureront le bonheur, vous êtes à côté de la vie et ne voyez pas ce qu’elle peut vous offrir. Quand je suis revenu d’Inde, en 2011, une de mes phrases favorites était : « Nous, ici, avons tout, mais n’avons rien. » Tant et aussi longtemps que vous reliez le bonheur au montant d’argent et aux jouets que vous pouvez acheter, vous êtes en position de déficit, en manque.

Le moment où j’ai accepté ma situation et où j’ai laissé aller mon modèle de succès est celui où je me suis senti le plus riche, et cela même si mon banquier n’était pas d’accord. Être riche, c’est un choix que l’on renouvelle au quotidien en entretenant des émotions plus près de notre cœur comme la gratitude, la satisfaction, la compassion et le courage d’être différent des autres. Ça prend du cœur pour être courageux. Quand on se place dans une position d’abondance, tout ce que la vie nous donne devient un cadeau, même les épreuves. Nous avons finalement toute cette énergie qui est normalement gaspillée à courir vers ce modèle qui n’existe pas pour affronter les difficultés de la vie humaine.

Je conduis encore la Volvo du yogi. Elle aura bientôt 10 ans et 110 000 km. C’est la voiture que j’ai gardée le plus longtemps et je l’adore. J’en prends bien soin et j’espère qu’elle sera avec moi pour un autre 10 ans. Il n’y a aucun mal ou problème à avoir de l’argent ou à conduire une Porsche. L’argent nous offre des possibilités, de la flexibilité d’action et ce qui compte, c’est l’intention derrière l’action. J’aurai peut-être une autre Porsche 911, mais pas parce que mon voisin en a une ni parce que je suis en quête d’identification sociale ou de reconnaissance, mais plutôt uniquement pour le plaisir de conduire ce bolide.

Namasté.[:]