[:fr]Le cadeau[:]

[:fr]Depuis longtemps déjà, je passe les fêtes dans le Nord, au chalet. Cette année, j’y suis arrivé plus tôt qu’à l’habitude, seul avec mon fils de 18 mois, Marcus. Je me sens alors vraiment bien, relax, je me repose, je dors et je joue avec mon fils, tout va à merveille, je suis enfin en vacances. Le soir du 22 décembre, je navigue sur les différents médias sociaux lorsque j’aperçois un message qui m’ébranle. Je crois que quelqu’un qui œuvre dans le domaine du développement personnel s’est fortement inspiré de mon travail pour ses besoins professionnels, et ce, après avoir assisté à une de mes conférences cet été. Je me souviens de cette personne, elle était assise en première rangée et prenait des notes. J’ai l’impression d’être victime de plagiat.

Je suis atterré, blessé et toutes sortes de pensées négatives me viennent à l’esprit; j’ai l’impression qu’on m’a volé ma propriété intellectuelle. La méditation ne m’aide pas du tout, et dans les jours suivants, je suis incapable de dormir. Je suis envahi par ces pensées qui ne me quittent pas, jusqu’au matin du 25 décembre, quand je vois mon petit Marcus ouvrir ses cadeaux. Je comprends alors de façon intuitive qu’il y a sûrement un cadeau dans cette épreuve.

Le temps était venu de changer mon image de conférencier et ma stratégie pour rendre mon message encore plus accessible et facile à communiquer. Le lendemain, je m’assois à la table avec les membres de ma famille qui sont présents et nous faisons tous ensemble un remue-méninge portant sur mon image de marque. Après quelques heures de travail, je me sens alors satisfait de ce que nous avons accompli. Je suis comblé, rassasié, et je suis de nouveau en vacances, je peux à nouveau dormir.

Le 28 décembre, je suis de retour à Montréal pour enseigner le yoga au studio. J’ai souvent dans mes classes des réflexions, des extraits de conversations dharma. Comme je l’ai déjà dit, je suis à la fois la thérapie et le thérapeute. Je partage ce que je vis et c’est souvent à moi que je parle. Ma réflexion du jour est alors : « Êtes-vous prêts à voir les épreuves de la vie comme un cadeau? » Je quitte le studio avec un sentiment de bien-être, nourri par la vie. Je prends la voiture pour revenir à la maison et je reçois l’appel de mon père qui était entré à l’hôpital le 26 décembre pour passer des examens. « Game is over, sir », me dit-il — un jeu de mots qui le représente bien. Un jeu de mots dont pourtant la teneur est absolument crue. Il m’annonce qu’il est gravement malade, atteint d’un cancer agressif. Je reçois ce coup de poing au ventre. Je suis dévasté de douleur, de peine et de chagrin. Ma tête me dit que c’est irréel. Mon cœur pleure. Je suis sans mots… Il n’a que 71 ans… C’est mon papa et nous sommes très proches. Complètement dévasté, je me demande alors : « Où est-il, le cadeau, dans cette épreuve de la vie? » La mort fait malheureusement ou heureusement partie de la vie.

Pendant les 18 jours qui ont suivi, je suis allé voir mon père à son lit d’hôpital, sur son lit de mort, comme on dit. J’ai pu passer du temps avec lui tous les matins de ces derniers jours de vie. Nous avons parlé et pleuré à propos de tout. J’ai pu le remercier de ce qu’il avait fait pour moi, car il était un père exemplaire, et j’ai pu m’excuser de ne pas avoir été un fils parfait. Je lui ai aussi demandé conseil sur ma vie professionnelle et personnelle. Mon père, un homme sage, m’a permis de comprendre avec peu de mots ce que je devais comprendre. Nous avons également parlé de la mort, de ce qu’il pensait qui se passerait après, de ce qu’il attendait de moi envers les membres de notre famille et nous avons aussi parlé du cadeau.

C’est un cadeau instantané, mais qui s’intègre graduellement, ce qui veut dire que je ne comprends pas encore toute son ampleur avec ma tête, rationnelle, mais chaque jour qui passe, j’en absorbe de façon intuitive, en pleine conscience, une petite partie. Je vis maintenant le cadeau dans ma peine d’avoir perdu cet homme si précieux dans ma vie comme le reflet de l’amour que j’ai eu pour lui et qu’il a eu pour moi : ma douleur est directement proportionnelle à ma chance de l’avoir eu comme père. Pendant ses trois dernières semaines à l’hôpital, ce fut également un cadeau de pouvoir lui parler consciemment dans la vérité. Le paradoxe, c’est que face à la mort, libre d’image et de rôle, se trouve un moment de vie pur, qui nourrit l’âme. Je vis aussi le cadeau de ses conseils si précieux et j’ai déjà fait des changements dans ma vie pour intégrer ce que j’en ai compris. De plus, il nous a laissé le cadeau d’une belle grande famille unie à tout jamais.

Comme je n’avais jamais perdu quelqu’un d’aussi important dans ma vie, j’ai donc reçu le cadeau de pouvoir sentir de la compassion et de l’empathie pour tous ceux qui vivent ou ont vécu cette épreuve; j’en ai même profité pour m’excuser auprès de plusieurs personnes ayant récemment perdu des proches de ne pas avoir bien senti leur peine à l’époque.

La vie humaine est une suite d’épreuves; c’est la façon dont nous décidons de voir ces épreuves et d’agir qui détermine la qualité de notre vie. Je ne suis pas encore rendu au point de me souhaiter des épreuves pour mieux grandir et évoluer, mais j’accepte de ne pas vivre dans la polarité et oui, je suis prêt à voir les épreuves de la vie comme un cadeau. Ma pratique spirituelle rend maintenant possible de cultiver des émotions près du cœur telles la compassion, l’empathie, la gratitude et la bienveillance, et cela même dans des conditions défavorables, ce qui peut m’apporter de petits moments de bonheur et une vie heureuse. Namasté.[:]

[:fr]Next d’Infopresse: Nous sommes tous une (excellente) histoire[:]

[:fr]Avec la soirée Next qui avait lieu hier, Infopresse a frappé dans le mille: une formule rythmée où neuf conférenciers au parcours varié ont su se livrer de manière authentique, touchante, parfois drôle, parfois très intense, en un deux heures bien rodé. Récit d’une soirée inspirante (et photos au bas de l’article).

Dans une arène lumineuse, entourés de toutes parts par les spectacteurs, c’est à un ballet au tempo irréprochable et à la scénographie ingénieuse auquel on a pu assister dans la 5e salle de la Place des Arts hier. On vous résume ici ce qui a retenu notre attention pour chacune des interventions.

Le personnage le plus flamboyant de la soirée était sans doute Erick Giasson, l’autoproclamé « yogi de Wall Street », ancien financier abonné aux malchances, maintenant propriétaire du studio de yoga Wanderlust. Avec toute sa fougue, il a raconté son parcours et ses accès mégalomanes, son « petit trio de malchance assez intéressant » (une presque faillite lorsque la valeur de ses investissements massifs chez Nortel s’effondre, suivi d’un cancer puis de la rupture d’avec la mère de ses enfants pour un de ses amis, deux années particulièrement mouvementées), son entrée dans le yoga avec l’attitude combative d’un Ironman, et le nouvel équilibre qu’il a fini par trouver, à mi-chemin entre sa tête et son coeur. Tout un personnage.

Par Maryse Boyce
Extrait de l’article dans Baronmag Affaires Montréal[:]

[:fr]Wall Street yoga[:]

[:fr]Le travail occupe une telle place dans la vie d’une personne que nous y donnons nos plus belles années, nos meilleures heures de la journée et notre meilleure énergie. Notre travail nous donne aussi un statut social et économique. Nous jugeons donc souvent les gens par rapport à leur travail. Ils nous jugent aussi constamment et ont certaines attentes envers nos comportements, nos gestes ou nos réactions, qui devraient être cohérents avec le jugement qu’ils ont à notre propos.

Comme je suis professeur de yoga, certains diront que je suis un yogi et s’attendront à des comportements particuliers selon l’image ou le rôle qu’ils m’ont donnés. C’est quoi, être un yogi, aux yeux des gens? Une personne qui a renoncé à tout, qui s’habille en orange, qui est occupé à repousser tous les plaisirs et difficultés de la vie humaine, qui dit « oui » à toutes les demandes et attentes? Ça, c’est leur modèle, ce n’est pas le mien. De toute façon, je ne suis pas juste un yogi.

Fragile équilibre

Dans le but de m’insulter, une personne m’a déjà traité de « Wall Street Yoga » parce que je n’avais pas réagi selon son modèle et ses attentes. Même si ma pratique spirituelle me permet de me libérer du besoin de plaire et de recevoir la reconnaissance des autres, j’ai d’abord été blessé et touché par ce commentaire. Je me suis dit : « Je ne veux pas être un ‘‘Wall Street yoga’’. »

Mais après quelques semaines, voire quelques mois, je pense maintenant que c’est un compliment. Selon moi, la pleine conscience s’atteint lorsqu’on se trouve en équilibre entre la tête et le cœur. La tête est là surtout pour nous faire survivre sur la Terre : elle a créé une structure d’égos pour nous différencier des autres dans un domaine ou un autre. Le cœur, lui, est là notamment pour nous unir avec les autres et notre environnement. Il ne s’agit donc pas de repousser complètement ce qui nous différencie des autres ou ce qui nous unit avec eux, mais d’être les deux simultanément, c’est-à-dire être différent, mais en union.

J’essaie de me trouver dans cet endroit à tous les jours dans tous les aspects de ma vie humaine. Dans mon travail au studio de yoga, comme professeur, directeur et copropriétaire, je vise à garder l’équilibre entre ma tête et mon cœur.

Unis dans la détresse

Nous avons vécu une mini crise au studio il y a quelques mois qui illustre très bien la recherche de cet équilibre. Une jeune femme qui vivait des difficultés personnelles ne s’est pas réveillée après le savasana parce qu’elle avait consommé des drogues fortes. Alors, ceux qui étaient sur place ont composé le 911 et tenté par tous les moyens de la réanimer, ce qu’ils ont réussi à faire après environ 30 minutes. Ç’a créé tout un émoi et les autres étudiants ont été bouleversés par ce qu’ils ont vu. Après avoir parlé avec mon associée, qui était sur les lieux quand l’incident s’est produit, nous avons alors convenu que je devais lui parler avant sa prochaine visite au studio. J’ai tenté en vain de la joindre au téléphone, mais elle ne répondait pas. Elle s’est présentée quelques jours plus tard pour prendre une classe de yoga. Je lui ai demandé de m’attendre à l’arrière parce que je souhaitais discuter avec elle avant la classe.

En marchant dans le long corridor du studio pour aller la voir, je me suis demandé où j’étais psychologiquement et émotionnellement : Wall Street ou yoga? J’ai essayé d’être en équilibre entre les deux avant de lui parler. Quand je suis arrivé à l’arrière, je l’ai vue, l’air piteux; je me suis assis devant elle, lui ai mis la main sur le genou, l’ai regardée dans les yeux et me suis mis à pleurer sur le coup. Les yeux sont la vitrine de l’âme et ce que j’ai vu dans ses yeux, ce n’est pas sa souffrance, mais la mienne, la souffrance humaine partagée par nous tous à un degré ou un autre.

Elle m’a raconté ses souffrances, nous avons pleuré ensemble, nous nous sommes fait des câlins. Si j’avais été juste dans la tête de l’homme d’affaires qui a peur qu’un événement comme celui-là se reproduise, je lui aurais dit quelque chose comme : « Écoute, ma grande, va en désintoxication ou tu ne reviens plus jamais ici. » Si j’avais été juste dans mon cœur, dénudé de réalité économique et sociale, je lui aurais dit quelque chose du genre : « Ma belle cocotte, il n’y a pas de problème, je comprends que tu prennes de la drogue avant de venir au studio, car tu souffres tellement. » J’ai essayé de lui parler avec mon cœur et ma tête, je lui ai dit en pleurant : « Je comprends que tu as des souffrances, j’aime la personne humaine que tu es, tu peux faire ce que tu veux dans ta vie, je ne te jugerai jamais, tu peux m’utiliser ou utiliser le studio pour te guérir, mais quand tu viens, tu ne dois pas consommer pour que le studio puisse aider d’autres d’entre nous à faire le travail personnel que nous avons à faire. » Nous nous sommes fait encore une fois un gros câlin, elle m’a dit qu’elle avait compris et nous sommes entrés ensemble dans la classe de 18 h.

Elle est revenue quelques jours plus tard et elle était encore sous l’influence de drogues. Le même scénario s’est reproduit. C’était comme si elle voulait me défier, me montrer que c’est elle qui décidait parce qu’elle a dû se faire dire « non » souvent par la société. Elle est ensuite entrée d’elle-même pour faire une cure de plusieurs semaines dans un centre de désintoxication. Elle est revenue souvent au studio par la suite, toujours sobre et lucide. Aux dernières nouvelles, elle l’est encore.

Si je lui avais parlé uniquement avec ma tête, qui avait peur, ou avec mon cœur, qui n’a pas de limites, ni elle, ni moi, ni le studio et tous ceux qui y pratiquent le yoga n’aurions été nourris par cette expérience. Je pense qu’avoir su trouver l’équilibre entre ce qui nous sépare et ce qui nous unit a fait de cet événement un moment de vie riche.

Je travaille quotidiennement, avec ma pratique de yoga et de méditation, à me rapprocher de mon cœur sans pour autant oublier mes connaissances et expériences de mon passé d’homme d’affaires. Je suis en équilibre entre les deux. Oui, je suis Wall Street yoga, et je travaille fort pour le demeurer. À bien y penser, ce sera peut-être le titre de mon premier livre. Namasté.

 

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[:fr]Parfaitement imparfait[:]

[:fr]Récemment, une amie que je respecte beaucoup et qui fait partie, comme moi, de la communauté du yoga m’a posé deux questions intéressantes. La première : « Tu ne penses pas que les gens vont trouver ça un peu bizarre que tu parles du bien-être et de la réalisation de soi et écrives là-dessus alors que tu es divorcé? » La deuxième : « Pourquoi partages-tu ta vie comme ça avec le public? »

Comme je pense que son questionnement est sûrement partagé par plusieurs, j’ai décidé d’y réfléchir. Voici donc mes réflexions.

Simplement humains

Selon moi, le but du travail sur soi-même à travers la pratique spirituelle (yoga, méditation ou autre) n’est pas d’être parfait, mais plutôt de réaliser que nous sommes humains. Des humains qui changent au quotidien, avec des besoins qui évoluent. La pratique spirituelle permet d’accueillir la vie comme si c’était une danse et de la vivre en pleine conscience, avec toutes les imperfections qu’elle comporte.

De toute façon, quelle est la définition de la perfection? Être une machine? Une poupée gonflable? Ce n’est certainement pas ce que représente pour moi la perfection; il s’agit plutôt d’être une personne humaine parfaitement imparfaite, d’être en vie dans sa vie.

Et les échecs font partie de la vie humaine. Ils ne s’opposent pas à la réussite, mais en constituent une étape souvent nécessaire. La plupart des gens que j’ai rencontrés qui ont réussi en affaires ou dans leur vie ont vécu un ou plusieurs échecs. Selon moi, l’échec véritable consiste à ne pas être éveillé dans sa vie, à ne pas vivre dans la vérité, à ne pas se donner dans tous les aspects de notre vie humaine, car c’est ce sur quoi nous avons du pouvoir. Il y a plusieurs autres choses dans la vie sur lesquelles nous n’avons aucun pouvoir. Il faut les accepter, accueillir la vie comme une danse, laisser aller notre modèle de perfection, être dans l’action et avoir confiance que nos actions nous guideront dans la bonne direction.

Passer outre le regard des autres

Le besoin de reconnaissance et d’estime de soi est présent dans la plupart d’entre nous. La pyramide de Maslow l’exprime d’ailleurs très bien. Pendant plusieurs années, à cause d’un besoin de reconnaissance, je me suis perdu dans mes différents rôles, qu’il s’agisse de mon rôle de financier, d’Ironman ou de parfait yogi. Durant tout ce temps, j’ai cherché à me faire dire que j’étais bon. J’ai longtemps cherché à montrer mon meilleur côté, celui de la réussite sociale, car je pensais que si je montrais vraiment qui j’étais, personne ne m’aurait aimé. J’ai cherché cet amour, mais comme il y avait un vide en moi, aucune reconnaissance n’aurait pu combler ce manque.

Je pense que la pratique spirituelle peut atténuer ou éteindre complètement ce besoin du regard des autres. La seule reconnaissance dont j’ai besoin, c’est la mienne, parce que je suis maintenant nourri par la vie. De façon assez paradoxale, plus j’admets que j’ai vécu des échecs et que je ne suis pas parfait, plus je reçois de lettres de reconnaissance pour me remercier d’être aussi humain. Pendant longtemps, j’ai joué à être un parfait roi de la montagne sans jamais être nourri, en étant constamment dans le besoin. Maintenant que j’admets ne pas être parfait, je reçois plus de reconnaissance que je n’en ai jamais reçu.

Je ne partage pas ma vie humaine pour recevoir de l’estime, mais parce que je suis à la fois le thérapeute et la thérapie. Je partage pour me pardonner, pour vivre dans la vérité et pour être libre. Je partage pour apprendre et grandir de mes échecs et aussi pour essayer de ne pas les répéter. Je partage pour dire haut et fort que je suis parfaitement imparfait et que ça, c’est la perfection.

Namasté.[:]

[:fr]Le roi de la montagne[:]

[:fr]Dans mon dernier texte, Toute définition est une prison, j’ai partagé les moments de ma vie où j’ai réussi à sortir de ma prison. Maintenant, de façon très humble et honnête, je vais vous raconter ceux où je me suis moi-même emprisonné dans mon rôle ou mon statut social.

Pour survivre et fonctionner dans la société, nous avons tous un ou plusieurs rôles. Ils deviennent des étiquettes sociales grâce auxquelles nous pensons nous réaliser et atteindre le bonheur, le succès. Plus nous réussissons dans notre rôle d’une façon ou d’une autre, plus nous recevons des médailles, des titres, de l’argent et de la reconnaissance. Nous devenons tellement désorientés que nous pensons être notre rôle, puis perdons le contact avec notre essence. Nous sommes donc emprisonnés par ces images de réussite et de succès — parlez-en aux athlètes, aux acteurs, aux politiciens, aux présidents de compagnie… aux pompistes, même!

Propulsé au sommet

Au milieu des années 90, lorsque je travaillais chez Morgan Stanley, j’étais un arbitragiste talentueux. Je travaillais de façon professionnelle et respectueuse. En 1997, j’ai été nommé responsable du pupitre de négociation des obligations, un poste prestigieux pour un jeune homme de 32 ans. Je suis alors tombé dans le rôle du chef, et, comme un roi de la montagne, je devais défendre mon territoire. Emprisonné par les impératifs de mon rôle, je voyais la vie comme une guerre : tous ceux qui m’entouraient devenaient une menace.

Malgré une bonne année du côté des profits, mon attitude de roi m’a presque coûté mon poste. Moi, j’étais dans l’illusion : je n’avais aucune idée de ce qui arrivait! Je me voyais pourtant comme un très bon chef, un bon soldat pour la compagnie. Lors de mon évaluation annuelle à New York, mon patron m’a mis en période de probation et m’a obligé à inviter un à un tous les membres de notre équipe afin de m’excuser. Ce fut une expérience tellement humiliante, mais tellement enrichissante. J’ai dû me mettre à nu, me libérer de mon rôle, accepter la situation, laisser aller mon image et faire confiance dans l’action. Les mois qui ont suivi furent mes meilleurs chez ce courtier américain : j’ai atteint des records de profits personnels dans une ambiance saine où tous étaient valorisés et s’appropriaient un certain accomplissement dans ce succès.

Plus on en a, plus on en veut

Environ 10 ans plus tard, après avoir largement contribué à remettre sur le chemin du succès le gestionnaire de portefeuilles pour lequel je travaillais, je me suis encore laissé envahir par mon statut. J’avais traversé une crise personnelle de 2000 à 2002, puis je me suis encore une fois retrouvé dans un rôle social. J’ai à nouveau perdu le contact avec mon essence. Quand tout ce qui nous habite, c’est notre rôle, forcément, nous nous comparons aux autres rôles; c’est ce qui m’est arrivé.

J’ai commencé à me comparer à ceux qui exerçaient le même travail que moi, mais à New York ou à Londres. Mon constat : j’étais payé une fraction de leur salaire. Bien sûr, j’avais été fortement rémunéré en actions, primes et autres pour avoir contribué au succès de la firme, mais aucune rémunération ou reconnaissance de la part de ma compagnie n’aurait été assez pour combler ce manque, ce besoin en moi d’être comme ceux qui réussissent si bien en finance. Une fois de plus, je me suis retrouvé à jouer le roi de la montagne et tous ceux qui m’entouraient devinrent une menace potentielle à mon statut, à mon image de réussite.

Ma prison était double : j’étais pris à la fois dans le carcan du succès et dans celui de l’avidité, né de la frustration de ne pas être rémunéré à ma juste valeur. Comme j’étais très occupé à m’apitoyer sur mon sort, il devenait très difficile pour mes associés de travailler avec moi. Ils m’ont alors offert de ne plus gérer la firme, mais de continuer à gérer une partie substantielle de ses actifs en bénéficiant d’une forte augmentation salariale et d’une grande part des profits directs des actifs que je gérais. C’était un peu un travail de rêve, avec une compensation qui se comparait bien à l’échelle internationale. Mais en tant que roi de la montagne, mon rôle ne pouvait me permettre d’accepter cette offre. C’était un congédiement déguisé; j’ai donc décidé de quitter mon emploi. À cette époque, si ma pratique de méditation avait été quotidienne, elle m’aurait sûrement permis d’accepter ce que mon égo trouvait inacceptable.

Tomber de haut

Par chance (ou par malchance), en 2008, j’ai été engagé par le plus grand fonds d’investissement spéculatif au monde, Brevan Howard. C’est le plus gros rôle que j’ai eu dans ma vie, un rôle qui m’a donné la reconnaissance de tous mes pairs. Je me suis retrouvé roi de la plus grosse montagne! Là, finalement, j’allais pouvoir me réaliser et être payé à la juste valeur de mon rôle.

À peine quelques mois plus tard, la crise de 2008 éclata, Brevan ferma pratiquement tout le bureau de New York, licencia presque tous les employés, qui se retrouvèrent à la rue en même temps que 500 000 autres professionnels de la finance de la Big Apple. J’ai eu des offres d’emploi, mais aucune n’était à la hauteur de l’image que j’avais de moi-même. Après avoir été si près du firmament, c’est la chute aux enfers qui a commencé. Je n’acceptais pas la situation, je n’acceptais pas de laisser aller mon rôle et je ne faisais pas confiance à l’avenir. Je suis donc tombé en dépression et suis devenu suicidaire. Prisonnier au sommet, le roi voyait disparaître tous ses jouets. Ma Ferrari, mes Porsches, mes maisons et mes voyages étaient devenus un poids immense à porter qui m’a enfoncé dans une dépression encore plus profonde. Heureusement, la pratique spirituelle a élargi ma conscience.

Mais être libre, c’est quoi?

Le philosophe russe Gurdjieff disait : « Pour pouvoir être libre de prison, il faut savoir que l’on est en prison ». Le conditionnement familial et social ainsi que le besoin de reconnaissance créent une définition de qui nous pensons être, ce qui nous enferme souvent dans une perception unique.

Pas besoin d’être un yogi, un moine ou un fakir pour être libre. Il s’agit d’avoir conscience de la prison, puis d’adopter une pratique spirituelle. C’est accessible à tout un chacun. Le but de la pratique spirituelle, peu importe sa forme, est de vous libérer de votre illusion. Elle vous permet de vous voir et de voir votre vie comme ils sont vraiment. Elle permet aussi d’accepter, de laisser aller le besoin d’identification sociale, de faire confiance sans vouloir tout maîtriser et de vous mettre dans l’action, et non en réaction. Qui vous êtes vraiment est déjà libre, mais votre rôle, lui, ne l’est pas.

Être libre n’est pas un objectif à atteindre ou encore un endroit où aller, mais plutôt une façon de vivre quotidiennement. Pratiquer la pleine conscience est la meilleure façon que je connaisse pour me garder libre au quotidien du besoin de reconnaissance. On se libère de prison tous les jours grâce à la pratique du yoga et de la méditation, entre autres, pour donner une présence attentive à sa vie. Nous pouvons alors observer les différents rôles que nous nous donnons et les conséquences qu’ils entraînent pour nous-mêmes et ceux qui nous entourent.

Grâce à une écoute plus vaste, nous pouvons maintenant porter attention à la qualité de notre vie. Nous pouvons ainsi, dans une conscience élargie, faire place aux différentes possibilités d’être qui nous sommes vraiment.

Namasté.[:]

[:fr]Toute définition est une prison[:]

[:fr]Toute définition de qui nous sommes n’est en fait qu’une diminution de qui nous sommes vraiment. Dans certains cas, ce cadre peut devenir une vraie prison qui nous empêche de voir et vivre la vie pleinement telle qu’elle est. Nous sommes tout simplement trop vastes, complexes et magnifiques pour être réduits à une simple histoire.

La pratique spirituelle peut nous libérer de notre définition pour nous permettre de reprendre contact avec qui nous sommes. Les moments de crise sont aussi des moments opportuns pour se sortir de cette prison. J’ai vécu deux moments de grande crise dans ma vie et j’ai maintenant une pratique spirituelle quotidienne depuis 2008. Tout ça m’aura permis de reprendre contact avec mon essence, qui est libre de définitions.

Se libérer de son image

Durant les années 2000 à 2002, j’ai vécu un trio de malchances. En 2000, je revenais de New York et de Toronto, où j’avais travaillé six ans chez Morgan Stanley, pour m’installer à Montréal et travailler pour un gestionnaire de portefeuille. Juste avant la crise de la bulle Internet, nous avions privatisé la firme – j’y avais alors investi toutes mes économies et j’avais emprunté trois fois plus pour y devenir un actionnaire important. Quelques mois après la privatisation de la compagnie, la crise éclata. Nous avons alors perdu plusieurs clients et actifs, et la valeur de notre entreprise a chuté de 85 %. J’avais donc perdu toutes mes économies et me retrouvais avec des dettes substantielles : j’étais techniquement en faillite. En 2001, j’ai eu un cancer et en 2002, ma femme, la mère de mes quatre filles, m’a quitté pour un ami.

J’étais donc bien malgré moi libéré de mon image du gars qui réussit dans la vie et qui est en santé. Libéré de cette image, de cette prison, j’ai repris contact avec qui je suis vraiment. J’ai alors commencé à m’intéresser au bouddhisme, à la méditation et à la vérité. J’ai surtout compris qu’il y avait un autre niveau de réalité, que j’existais au-delà de mes différentes images sociales.

Comme je n’étais plus préoccupé par mon image, je n’étais plus occupé à défendre toutes ces représentations de moi-même. J’avais à présent toute cette énergie qui me permettait de libérer mes passions et m’a fait comprendre de manière intuitive la façon dont je devais maintenant agir comme humain libre de certains rôles.

Je me suis refait une santé et une vie amoureuse, j’ai rebâti ma situation financière et j’ai relevé de nouveaux défis professionnels qui m’auraient semblé impossibles. En 2002, au moment où la firme était en difficulté, j’ai été nommé chef des placements pour une boîte qui gérait surtout des actions alors que mon expérience résidait uniquement dans les obligations et le revenu fixe. Toutefois, comme j’étais libre de rôles, de définitions et de diminutions, sans comprendre pourquoi, je savais qu’il y avait un besoin et que j’avais quelque chose à offrir. De manière intuitive, j’ai donc accepté de relever le défi. Les dénigreurs ont été nombreux à ne pas croire en moi. J’ai accepté la situation, laissé aller mes rôles, mes peurs et fait fi du regard des autres. J’ai fait confiance et me suis lancé dans l’action. Après seulement quelques années, la boîte de gestion était sur le chemin du succès : nous avions réinventé la firme et j’avais contribué à une grande réussite. Je me suis accompli dans ce succès, mais si j’avais laissé gagner le fait que je n’avais pas, en théorie, les compétences pour relever le défi; si j’avais été dans ma tête et non présent dans ma vie, j’aurais manqué une chance unique de me réaliser, de m’accomplir et de jouer un rôle important dans l’existence de cette firme.

Élargir sa conscience

Environ 10 ans plus tard, soit en 2012, j’ai une vie complètement différente. La finance m’a quitté en 2008 et depuis, j’ai une vie spirituelle grâce à la pratique quotidienne du yoga et de la méditation. En d’autres mots, depuis 2008, je me libère au quotidien des rôles et des diminutions.

J’ai beaucoup voyagé partout dans le monde entre 2010 et 2012 dans le cadre d’une quête spirituelle ainsi que pour approfondir ma formation de professeur de yoga. J’ai réalisé, entre autres, qu’il y avait un besoin criant d’un nouveau style de yoga à Montréal. C’est alors que Geneviève et moi avons décidé d’ouvrir notre studio en collaboration avec Wanderlust pour y offrir un style de yoga qui vient de New York, inspiré de Kula Yoga Project.

À cette époque, je pratiquais le yoga depuis seulement quatre ans et ne l’enseignait que depuis deux ans et demi, mais je comprenais de façon intuitive, sans avoir toutes les réponses, qu’il y avait un besoin et que j’avais quelque chose à offrir, même si les dénigreurs ont été, encore une fois, nombreux à ne pas croire en nous. Comme je l’ai fait 10 ans auparavant, j’ai accepté la situation, laissé aller mes rôles, mes peurs et fait fi du regard des autres, j’ai fait confiance et me suis lancé dans l’action. Je pense que trois ans plus tard, notre studio est un succès monstre qui a bouleversé le monde du yoga dans la grande région de Montréal.

Aujourd’hui, je donne des conférences, je suis coach, j’écris, tout ça parce qu’il y a un besoin et je sais que je réponds à ce besoin. Je me réalise à travers ces actions sans me définir dans quelque rôle que ce soit. Tout arrive à travers moi, c’est la danse de la vie.

J’ai beaucoup traité précédemment de l’aspect professionnel des rôles auxquels nous nous conformons, mais les définitions réduisent nos possibilités dans toutes les différentes sphères de la vie humaine. On peut se définir comme un conservateur, un libéral, une personne heureuse, une personne malheureuse, un catholique, un juif, un athée, un blanc, un noir, un papa, une maman, un mari, un végétarien, un séparatiste, un fédéraliste, un athlète, un sédentaire, un yogi, un financier, un mécanicien, etc. Toutes ces définitions sont des diminutions, de vraies prisons qui nous empêchent d’être qui nous sommes vraiment en tant que personnes humaines libres. Elles sont comme les oeillères qui nous font avancer sur un droit chemin et nous empêchent de voir toutes les beautés de la vie. Nous avons tous une façon unique de contribuer dans la vie, que ce soit sur le plan politique, économique, environnemental, familial, social, amoureux, ou encore sur le plan de notre santé, entre autres.

C’est libre de définitions que nous devons agir pour nous permettre de nous réaliser, d’atteindre le succès dans toutes les sphères de la vie humaine, d’avoir une vie riche et d’élargir sa conscience.

Namasté.[:]

[:fr]Le rôle de ma vie[:en]Le rôle de ma vie (french only)[:]

[:fr]Plusieurs d’entre nous s’identifient à un rôle, à un titre, à un travail, à un statut social, à un statut familial ou même à son corps. Certains sont même obsédés par un aspect de leur corps: calvitie, petit mollets, grosses fesses, gros bras, etc. À une certaine époque, j’ai moi-même eu ces obsessions. Avec du recul, je peux maintenant dire que ce n’était en fait qu’une autre définition de moi-même, du moins, de la personne que je pensais être…

Nous cherchons souvent la reconnaissance de toute part; même dans une maladie ou la souffrance. Puisque nous vivons souvent dans la polarité, nous vivons sous l’illusion qu’il n’est pas possible d’être heureux avec ces souffrances. Plusieurs finissent même par “devenir” leur maladie. Ils ne feront plus la différence entre leur condition de vie et leur vie. En réalité, cette maladie deviendra souvent une autre définition de l’image que nous nous somme fait de nous-mêmes, un autre rôle, une diminution de qui nous sommes véritablement. Et malheureusement, toute diminution de qui nous sommes n’est en fait qu’une prison.

Or, pour d’autres, et ce sera le sujet de mon article aujourd’hui, la maladie ou la souffrance représente une opportunité de grandir, de se libérer de son image social, de se libérer de prison. Avec sa permission, je me permets de vous partager ouvertement l’histoire d’Anne, une de mes étudiantes qui est d’ailleurs devenue une amie et une source d’inspiration.

A la fin d’une classe, Anne vient me voir pour me dire qu’elle est atteinte du Parkinson. Je suis alors bouche bée, puis ensuite ému. En réalité, je ne sais pas trop quoi dire, quoi répondre, n’ayant jamais eu moi-même une maladie de cette envergure. Je ne peux évidemment l’aider concrètement et tout ce que je peux faire, c’est ouvrir mon cœur, l’écouter et l’accueillir dans sa souffrance. Elle me dit: «Erik, quand je suis dans ta classe, j’arrive à oublier que je suis malade». Sa pratique de yoga lui permet alors de faire la différence entre sa condition de vie et sa vie, entre son corps et son essence, entre qui elle pense être et qui elle est vraiment.

Les semaines passent et elle devient une de mes étudiantes les plus régulières, littéralement dédiée à sa pratique. Quelques mois plus tard, toujours à la fin d’une classe, je lui demande si elle va bien. Attention, ici je fais une parenthèse : cette vraie question mérite une vraie réponse, car beaucoup se posent cette question très populaire sans réellement vouloir entendre la réponse. Revenons à Anne. Elle me répond qu’elle va bien, très bien même. Elle me dit qu’il y a des journées difficiles, car il y a un coté dépressif à sa maladie. Or, sa pratique régulière de yoga l’aide à voir l’autre endroit dans elle qui n’est pas déprimé. Anne me dit ensuite : «Tu sais Erik, si j’avais eu cette maladie quelques années plus tôt, je me serais sûrement enlevé la vie». Elle m’explique alors qu’elle était une maniaque du contrôle et qu’elle avait une peur incontrolable du changement. Puisqu’ il y a une grande incertitude face au développement de sa maladie, au quotidien, elle n’aurait pas été capable de vivre dans ce contexte, sans contrôle sur sa vie. Car en fait, elle s’était défini ainsi: une femme qui veut tout contrôler parce qu’elle a peur de tout. Alors Anne me dit : «Je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai plus peur, je fais tout, j’essaye tout, je vis la vie». Elle se donne maintenant des objectifs et elle fonce pour provoquer les choses sans chercher à contrôler le dénouement. Avec sa maladie, sa souffrance, sa pratique spirituelle, Anne a transcendé la personne qu’elle pensait être pour toucher à qui elle est profondément. Elle s’est libérée de sa prison. Il ne s’agit pas de nier la souffrance, de nier la maladie. Il est impossible de construire notre bonheur ou notre équilibre dans la prétention que la souffrance n’existe pas. Il s’agit plutôt de ne pas juste “être” la maladie.

Encore plus incroyable, Anne vient tout juste de recevoir une mention honorifique à l’échelle nationale pour son travail en photographie. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander si elle croyait que sa maladie faisait d’elle une meilleure photographe. Anne m’a répondu sans hésitation : «Oui, parce qu’avant, je pensais que mon travail de photographie était peu important. Aujourd’hui, je réalise l’importance de la vie, de se donner dans sa vie». Elle me partage également qu’elle voit la vie différemment, elle voit la beauté de la vie, ce qui lui permet de prendre des photos avec les yeux de quelqu’un qui aime et savoure la vie.

Malheureusement, très peu d’entre nous s’identifient à l’obtention d’un corps en santé. Ici, je ne fais pas allusion aux fanatiques de la santé, aux triathlètes, aux yogis ou à ceux qui ont le culte du corps. Non, je pense à tous les autres qui prennent leur bonne santé pour acquis. Nous trouvons tous mille et une raisons de ne pas se réaliser, de ne pas s’éveiller dans notre vie quotidienne. L’histoire d’Anne (et il y en a bien d’autres) démontre que nous ne sommes pas juste notre corps ou notre maladie, nous existons au-delà de notre corps, au-delà des conditions de vie. Mais surtout, il n’est pas nécessaire de faire face à la souffrance ou à un échec pour s’éveiller, pour être vivant dans sa vie. Le meilleur moment de le faire, c’est maintenant![:en]Plusieurs d’entre nous s’identifient à un rôle, à un titre, à un travail, à un statut social, à un statut familial ou même à son corps. Certains sont même obsédés par un aspect de leur corps: calvitie, petit mollets, grosses fesses, gros bras, etc. À une certaine époque, j’ai moi-même eu ces obsessions. Avec du recul, je peux maintenant dire que ce n’était en fait qu’une autre définition de moi-même, du moins, de la personne que je pensais être…

Nous cherchons souvent la reconnaissance de toute part; même dans une maladie ou la souffrance. Puisque nous vivons souvent dans la polarité, nous vivons sous l’illusion qu’il n’est pas possible d’être heureux avec ces souffrances. Plusieurs finissent même par “devenir” leur maladie. Ils ne feront plus la différence entre leur condition de vie et leur vie.  En réalité, cette maladie deviendra souvent une autre définition de l’image que nous nous somme fait de nous-mêmes, un autre rôle, une diminution de qui nous sommes véritablement.  Et malheureusement, toute diminution de qui nous sommes n’est en fait qu’une prison.

Or, pour d’autres, et ce sera le sujet de mon article aujourd’hui, la maladie ou la souffrance représente une opportunité de grandir, de se libérer de son image social, de se libérer de prison. Avec sa permission, je me permets de vous partager ouvertement l’histoire d’Anne, une de mes étudiantes qui est d’ailleurs devenue une amie et une source d’inspiration.

A la fin d’une classe, Anne vient me voir pour me dire qu’elle est atteinte du Parkinson. Je suis alors bouche bée, puis ensuite ému. En réalité, je ne sais pas trop quoi dire, quoi répondre, n’ayant jamais eu moi-même une maladie de cette envergure. Je ne peux évidemment l’aider concrètement et tout ce que je peux faire, c’est ouvrir mon cœur,  l’écouter et l’accueillir dans sa souffrance. Elle me dit: «Erik, quand je suis dans ta classe, j’arrive à oublier que je suis malade». Sa pratique de yoga lui permet alors de faire la différence entre sa condition de vie et sa vie, entre son corps et son essence, entre qui elle pense être et qui elle est vraiment.

Les semaines passent et elle devient une de mes étudiantes les plus régulières, littéralement dédiée à sa pratique. Quelques mois plus tard, toujours à la fin d’une classe, je lui demande si elle va bien. Attention, ici je fais une parenthèse : cette vraie question mérite une vraie réponse, car beaucoup se posent cette question très populaire sans réellement vouloir entendre la réponse. Revenons à Anne. Elle me répond qu’elle va bien, très bien même. Elle me dit qu’il y a des journées difficiles, car il y a un coté dépressif à sa maladie. Or, sa pratique régulière de yoga l’aide à voir l’autre endroit dans elle qui n’est pas déprimé. Anne me dit ensuite : «Tu sais Erik, si j’avais eu cette maladie quelques années plus tôt, je me serais sûrement enlevé la vie». Elle m’explique alors qu’elle était une maniaque du contrôle et qu’elle avait une peur incontrolable du changement. Puisqu’ il y a une grande incertitude face au développement de sa maladie, au quotidien, elle n’aurait pas été capable de vivre dans ce contexte, sans contrôle sur sa vie. Car en fait, elle s’était défini ainsi: une femme qui veut tout contrôler parce qu’elle a peur de tout. Alors Anne me dit : «Je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai plus peur, je fais tout, j’essaye tout, je vis la vie». Elle se donne maintenant des objectifs et elle fonce pour provoquer les choses sans chercher à contrôler le dénouement. Avec sa maladie, sa souffrance, sa pratique spirituelle, Anne a transcendé la personne qu’elle pensait être pour toucher à qui elle est profondément. Elle s’est libérée de sa prison. Il ne s’agit pas de nier la souffrance, de nier la maladie. Il est impossible de construire notre bonheur ou notre équilibre dans la prétention que la souffrance n’existe pas. Il s’agit plutôt de ne pas juste “être” la maladie.

Encore plus incroyable, Anne vient tout juste de recevoir une mention honorifique à l’échelle nationale pour son travail en photographie. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander si elle croyait que sa maladie faisait d’elle une meilleure photographe. Anne m’a répondu sans hésitation : «Oui, parce qu’avant, je pensais que mon travail de photographie était peu important. Aujourd’hui, je réalise l’importance de la vie, de se donner dans sa vie». Elle me partage également qu’elle voit la vie différemment, elle voit la beauté de la vie, ce qui lui permet de prendre des photos avec les yeux de quelqu’un qui aime et savoure la vie.

Malheureusement, très peu d’entre nous s’identifient à l’obtention d’un corps en santé. Ici, je ne fais pas allusion aux fanatiques de la santé, aux triathlètes, aux yogis ou à ceux qui ont le culte du corps. Non, je pense à tous les autres qui prennent leur bonne santé pour acquis. Nous trouvons tous mille et une raisons de ne pas se réaliser, de ne pas s’éveiller dans notre vie quotidienne. L’histoire d’Anne (et il y en a bien d’autres) démontre que  nous ne sommes pas juste notre corps ou notre maladie, nous existons au-delà de notre corps, au-delà des conditions de vie. Mais surtout, il n’est pas nécessaire de faire face à la souffrance ou à un échec pour s’éveiller, pour être vivant dans sa vie. Le meilleur moment de le faire, c’est maintenant![:]

[:fr]Erik Giasson; the yogi who sold his ferrari (anglais seulement)[:en]Erik Giasson; the yogi who sold his ferrari[:]

At 36, Erik Giasson became the Chief Investment Officer and Erik GiassonSenior Vice President of a major investment firm. At 43, he achieved his ultimate dream, which is to work for the largest “hedge fund”. He lived in abundance and wealth, when in 2008, at 43 years old, following the financial crisis he loses his job and his role, everything collapses. Through his suffering, he will undertake a life transition, he discovered yoga, which surely saved him from suicide. Yoga not only allowed him to survive, but to live with who he really is, without role. Professional speaker, Financier, and Ironman Triathlete, Entrepreneur, Yoga teacher, he is the co-founder of Wanderlust yoga center in Montreal.

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Written by Michael Cameron

[:fr]Vivre dans la pleine conscience[:en]Vivre dans la pleine conscience (French only)[:]

Trouver l’équilibre entre la tête et le cœur nous permet d’être nourri par la vie, au lieu d’être vidé par celle-ci. Dans cet état d’être, dans cette dimension d’équilibre permanent, on se sent énergisé et connecté à notre essence. Notre intellect n’est plus le maitre, mais notre serviteur…

Le but de la pratique spirituelle est de nous libérer de la tyrannie de notre intellect. En réalité, le véritable objectif d’une telle pratique (peu importe le nom qu’on lui donne), est d’accéder à l’espace où se loge notre véritable essence. Un lieu où notre tête et notre cœur sont en symbiose et en parfait équilibre et où nous éprouvons une forme de communion avec notre environnement, une présence dans notre vie, une gratitude face à notre richesse intérieure. Dans cet espace, nous ne sommes plus l’image que nous nous sommes construite de nous-mêmes, mais notre nature propre, ici, maintenant. Le chemin adopté pour y parvenir est sans importance (chacun choisit son véhicule). Certains adoptent la méditation ou le yoga, d’autres choisissent de jouer de la guitare, de tricoter ou de marcher. L’essentiel est que cet exercice nous remplisse d’énergie, sans dépendance, sans besoin de performer. Qu’il nous permette de faire la distinction entre nous et nos pensées et que ce voyage nous mène à ce que nous appelons joliment «notre cœur intuitif», un espace de pleine conscience et de liberté logée en nous. Une liberté d’être où l’on ressent de la douceur envers soi et les autres, ou notre vision devient claire et limpide sur la vie…

Lorsque l’on cite l’appellation cœur intuitif, les connotations spirituelles ou ésotériques y sont souvent associées. Or, les recherches scientifiques confirment les bienfaits pour le corps humain d’exercer une activité (quelle qu’elle soit) qui nous libère de nos pensées. Une étude récente de Harvard a notamment démontré les effets positifs de la méditation sur le cerveau. Cette dernière démontre entre autres qu’outre le sentiment de détente et de relaxation, on observait une augmentation de la densité de matière grise dans l’hippocampe, essentielle à l’apprentissage, à la mémoire, à la conscience de soi, à la compassion et à l’introspection. D’autres études scientifiques ont même démontré que lorsque que nous éprouvons des sentiments qui sont plus près du cœur, comme la compassion, notre cerveau secrète de la sérotonine, hormone intimement liée à la bonne humeur et au bonheur. À l’inverse, un faible taux de sérotonine est aussi associé à une augmentation de l’agressivité impulsive.

NOTRE CŒUR INTUITIF
La pratique spirituelle ne devrait pas être une obligation. Cette rigidité qui impose une pratique programme de la culpabilité en nous, on s’y construit un semblant de prison, contrôlée par notre intellect, trop loin de notre cœur intuitif. En clair : la pratique spirituelle qui tend vers l’équilibre ne devrait pas viser cet équilibre… Mais bien nous permettre de nous déposer un instant, d’écouter et de découvrir ce que nous sommes, sentir notre vie et notre corps, tels qu’ils sont, à cet instant. La pratique, spirituelle (ou autre), ne doit pas vous dissocier entièrement de votre mental, de vos réflexions et vos raisonnements judicieux. Le but n’est pas de se brancher uniquement à votre cœur, à ne voir que la beauté dans toute situation… Il y a une réalité économique et sociale à respecter. Vous avez besoin des deux, et surtout, d’un ÉQUILIBRE entre les deux.

LA SATIÉTÉ ÉNERGÉTIQUE
Lorsque nous sommes dans notre tête, prisonnier de l’intellect, dans cet endroit où l’on se compare, nous sommes coupés de ce qui nous nourrit. On se retrouve alors en manque, préoccupé et stressé. Nous éprouvons le besoin de consommer, de s’acheter une forme de bonheur, ou même de manger avec excès. Il existe d’ailleurs des liens scientifiques entre le taux de sérotonine et l’obésité. En effet, lorsque l’on augmente le taux de sérotonine dans l’organisme, la sensation de faim diminue et donne l’agréable sensation d’être rassasié. Le besoin de manger ou consommer, de déménager, de changer de travail, de chum ou de blonde, est souvent une façon bien humaine de combler ce vide en nous…

Certains arrivent à retrouver cette satiété plus souvent que d’autres. En admirant un coucher du soleil, en écoutant la mer, en présence d’un ou d’une amie, d’un enfant. Lorsqu’on arrive à intégrer une pratique qui nous rattache à nos propres ressources, on arrive à se nourrir, comme si on était connecté à soi, et enfin, on arrive à multiplier les moments de plénitude. Le but est d’arriver à transformer un, deux, trois ou peut-être tous les événements de notre vie en petits moments d’équilibre. D’accueillir la vie, tel qu’elle est, sur mesure, parfaite pour nous…

Namaste

[:fr]Devenir zen, une question de choix[:en]Devenir zen, une question de choix (French only)[:]

Plusieurs personnes décident de travailler dans le business du wellness pour atteindre une paix intérieure. Devenir professeur de yoga, nouvelle voie du bien-être ? Pas nécessairement. «On ne devient pas serein de par la nature de nos activités professionnelles», soutient Erik Giasson. Voici pourquoi.

Il n’y a pas une journée qui passe sans que quelqu’un me dise à quel point je suis chanceux dans la vie. Chanceux ? Oui. Chanceux d’être professeur de yoga, d’être propriétaire d’un studio de yoga avec un style de vie « zen ». Oui, ma vie est relativement « zen », mais c’est un choix que je renouvelle à tous les jours et que j’intègre dans chaque parcelle de ma vie. On ne devient pas serein de par la nature de nos activités professionnelles… On le devient en tant qu’individu à part entière, dans toute son intégralité, et avec intégrité. C’est effectivement un privilège d’avoir cette vie, tout comme lorsque je travaillais à Wall Street en finance… Le recul et le cheminement au quotidien m’ont fait comprendre que la chance réside avant tout dans l’accomplissement de soi, dans la réalisation de notre nature véritable et bien entendu dans la reconnaissance et l’appréciation de cette chance au quotidien. Mon choix est surtout celui de changer ma façon de percevoir, d’accueillir, puis ensuite de réagir aux événements de la vie.

Je connais plusieurs personnes qui vivent en paix et en pleine conscience dans le monde corporatif, celui de la finance ou en tant qu’entrepreneur. Je connais tout autant de professeurs ou propriétaires de studio de yoga qui sont déprimés, en détresse et à l’extérieur de leur vie ! C’est l’état d’esprit qui permet d’atteindre le bien-être, pas notre profession.

Devenir zen n’a jamais été pour moi un objectif en soi. J’ai malheureusement (ou heureusement) dû me heurter plusieurs fois, souffrir, puis encore souffrir, pour arriver à éprouver l’envie de prendre un certain détachement sur ma vie. J’ai alors réalisé que les événements de ma vie n’étaient qu’une illusion (maya) et une projection de ce que j’acceptais bien de voir. Cette vision (bien filtrée par ma subjectivité) n’était en fait que le reflet de mon égo, qui me comparait et qui me différenciait des autres, qui luttait pour survivre. Lorsque je travaillais dans le milieu de la finance, je me souviens avoir passé des journées à me défendre et à protéger mon ego. J’interprétais les actions de mes collègues et de l’entreprise pour qui je travaillais selon ce qui me donnait le plus, ou ce qui me donnait le moins. Plus de pouvoir ou moins de pouvoir, plus de valeur, ou moins de valeur.

Pour plusieurs le travail occupe une place importante qui définit notre image et notre rôle social. C’est le pilier sur lequel repose l’estime de soi. Il est ainsi légitime d’être affecté par notre vie au travail et d’y réfléchir. Or, lorsque nous passons nos journées à être littéralement envahis par ces pensées, nous ne sommes malheureusement pas dans l’action ou dans la pleine réalisation de notre travail. En fait, nous passons à coté d’une opportunité de nous accomplir pleinement et de porter notre attention à l’instant présent. N’est-ce pas une perte de temps incroyable que de constamment occuper son temps à cogiter, à compter, à évaluer ce que l’on gagne ou ce que l’on perd ? À se protéger, à se défendre, à se faire dominer par son ego ? C’est en donnant le meilleur de nous-mêmes sans se préoccuper de flatter notre ego que nous arrivons à une forme de satisfaction intérieure. Et même si après tous ces efforts, nous ne nous sentons toujours pas nourris, dans une autre dimension, nous effectuons le travail nécessaire pour réaliser votre mission de vie véritable (notre Dharma). Voila pourquoi l’essentiel, c’est de se donner entièrement au travail et d’y déployer le maximum d’énergie.

Je n’ai aucun regret, mais si j’avais eu cet éveil lorsque j’étais à Wall Street, j’estime que mon parcours professionnel m’aurait mené ailleurs, mais surtout que j’aurais probablement excellé d’avantage. J’aurais réalisé plus tôt que mon travail constitue un réel privilège et une opportunité sans fin pour me réaliser. J’aurais terminé de blâmer mon patron, mes collègues, de me préoccuper de mon salaire, de me considérer sous-payé. J’aurais été un peu plus zen.

Aujourd’hui, oui, je suis chanceux. Grâce à ma pratique spirituelle, je ne laisse pas mes pensées se perdre et s’écarter sur des événements sur lesquels je n’ai aucun contrôle. En réalité, la seule et unique chose que je contrôle c’est de choisir la manière dont je perçois le cours des événements, en délaissant mon ego. Je suis chanceux, car je me sens éveillé et j’accepte plus facilement les mouvements de la vie, beaux et moins beaux, faciles ou plus difficiles. Ma chance, c’est de donner le meilleur de moi, comme entrepreneur, comme professeur de yoga et comme conférencier, sans tenter d’être meilleur que les autres, mais on donnant réellement tout ce que j’ai au fond de moi, avec tout mon cœur.